Mardi 23 juin, onze personnes ont été interpellées dans une clinique à Marrakech, suspectée de réaliser des IVG, pratique toujours interdite et passible de prison au Maroc.

 

Le propriétaire de la clinique, un médecin de 77 ans, quatre infirmières et six clients, dont une mineure de 17 ans ont été interpellés dans la nuit de mardi à mercredi par la police marocaine pour « implication présumée dans la pratique courante d’avortement illégal, détournement de mineur, adultère et complicité ». Après avoir reçu des « plaintes sur une clinique pratiquant l’avortement illégal », la sûreté nationale (DGSN) a en effet décidé d’ouvrir une enquête.

À la suite de ces arrestations, huit des personnes mises en cause ont été placées en garde à vue tandis que la jeune mineure a été placée sous contrôle policier. Toujours interdite au Maroc, l’interruption volontaire de grossesse (IVG) reste passible de six mois à deux ans de prison pour la femme qui avorte et de un à cinq ans d’emprisonnement pour les personnes qui pratiquent l’acte.

 

À quand le changement ?

Cette série d’arrestation soulève une nouvelle fois le débat sur l’avortement au Maroc et notamment sur l’urgence d’un assouplissement de la législation pour lequel le pays s’était engagé en 2015. Mais depuis, rien n’a été fait. Aujourd’hui, seule l’interruption de grossesse destinée à sauver la vie de la femme enceinte lorsque celle-ci est en danger est acceptée, pourtant, une commission officielle avait recommandé que l’avortement dans « quelques cas de force majeure » devienne autorisé, notamment en cas de viol ou de graves malformations du fœtus. Malgré les nombreuses actions et manifestations menées ardemment par les défenseurs des droits des femmes, ce projet de loi n’a toujours pas vu le jour et semble rester bloqué au Parlement.

Une situation qui pousse de nombreuses femmes à approcher des gynécologues qui acceptent de pratiquer des avortements clandestins, souvent au prix fort, ou même des « faiseuses d’ange », moins dispendieuses mais réputées pour leurs méthodes dangereuses. On dénombre en effet pas moins de 600 à 800 avortements chaque jour au Maroc. Mais pour celles qui décident de mener leur grossesse à terme, ce fléau renforce le phénomène des « mères célibataires » et l’abandon d’enfants, jusqu’à 150 par jour selon des ONG, les enfants né hors mariage étant considérés comme « illégitimes » par la loi.