Disponible depuis le 7 juin, le film polonais s’est rapidement fait une place de choix dans le palmarès des dix films les plus regardés de la plateforme en se hissant à la 1ère place au Maroc et dans plusieurs pays d’Europe. Mais ce succès dérange. En effet, de nombreux internautes accusent « 365 Dni », ou « 365 jours » en français, de faire l’apologie du viol. Détails.

Après avoir fait un carton en Pologne, le film « 365 jours » fait aujourd’hui énormément parler de lui à l’étranger. Adapté d’une série de romans de Blanka Lipińska, ce long-métrage érotique est centré sur la relation entretenue par Massimo, un gangster issu de la mafia italienne, et Laura, une directrice des ventes polonaise. Alors qu’il est en affaires avec une autre famille de mafieux, Massimo aperçoit une jolie brune sur une plage sicilienne. Mais un drame empêchera l’italien de l’approcher. Cinq ans plus tard, lorsqu’il retrouve par hasard Laura, en vacances avec son petit copain et des amis pour fêter son anniversaire, il n’en croit pas ses yeux et refuse de perdre une nouvelle fois cette femme qu’il n’arrive pas à se sortir de la tête.

Complètement sous le charme, le bel italien décide de kidnapper la jeune polonaise et lui donne 365 jours pour tomber amoureuse de lui. Dans le cas contraire, elle sera libérée et pourra rentrer chez elle saine et sauve. Si Laura tente au début de s’enfuir et refuse catégoriquement tout rapprochement avec le gangster, des sentiments vont peu à peu apparaître, jusqu’à ce qu’une relation à tendance sadomasochiste s’installe entre eux. Comparé par beaucoup à la célèbre trilogie « 50 shades of grey », « 365 jours » divise néanmoins la toile et soulève plusieurs critiques.

Quand la culture du viol se fait glamour

En visionnant « 365 jours », de nombreux internautes ont été choqué par certaines scènes érotiques très osées et surtout par le comportement misogyne de Massimo. Ce dernier croit en effet pouvoir tout acheter avec son argent et pense que tout lui est dû. Le souci ? Ce comportement sexiste pose le problème du consentement. Par exemple, au début du film, le mafieux oblige une hôtesse de l’air à lui faire une fellation. Puis, avec Laura, il a beau lui promettre qu’il ne ferait rien sans sa permission, il n’hésite pas à lui toucher de force les seins ou l’entre-jambes avant de lui dire qu’il a « accès à toutes les parties de son corps et qu’il peut en faire ce qu’il veut ». Puis, c’est une scène dans une boîte de nuit qui fait polémique. Alors que la jeune femme est approchée et maintenue de force par un homme d’affaires, Massimo accuse Laura d’avoir provoqué ce comportement déplacé, notamment à cause de sa robe, jugée trop courte.

Certains internautes accusent également le film de faire l’éloge du syndrome de Stockholm, un processus d’attachement durant lequel des otages et des ravisseurs développent des sentiments réciproques. Et c’est d’ailleurs sur cette relation ambigüe que joue le film qui « glamourise » la séquestration, banalise le viol et les attouchements, et laisse sous-entendre que le consentement (un vrai « oui ») n’est pas toujours nécessaire dans un couple. Un message qui peut être dévastateur à une période post #MeToo et #BalanceTonPorc, où les femmes tentent plus que jamais de faire entendre leurs voix et leurs droits.

La colère gronde

Depuis la mise en ligne de « 365 jours » sur Netflix, une pétition a été lancée, demandant de retirer le film de la plateforme. Si, à ce jour, cette dernière compte plus de 5 000 signatures, Netflix n’a toujours pas réagi. De son côté, Michele Morrone, l’acteur qui incarne Massimo à l’écran, a partagé une vidéo sur son compte Instagram le 10 juin dernier, dans laquelle il explique qu’il ne ressemble en rien à son personnage. « Je voulais vous dire que je ne suis pas le personnage que j’incarne. Je ne suis pas une personne aussi mauvaise, c’est juste un personnage », a-t-il déclaré avant d’ajouter que le film aura droit à une suite et que ce deuxième volet sera tourné après la crise liée au coronavirus. Malgré ce message, de nombreux commentaires de jeunes femmes interpellent. « Ça ne me dérangerait pas d’être kidnappée par toi », peut-on lire, ou encore « Pourrais-tu s’il-te-plaît me kidnapper et me demander si je suis perdue ? », faisant référence à la première phrase que Massimo lance à Laura quand il la rencontre : « Are you lost baby girl ? », (« Tu es perdue ma jolie ? »). Preuve que le « bad boy » est un fantasme pour de nombreuses femmes et que le combat pour l’égalité des sexes et l’abolition de la « femme objet » est encore long…