Lancée par André Téchiné (« Loin », 2001) et propulsée par Denis Villeneuve (« Incendies », 2010), l’actrice belge Lubna Azabal brode depuis ses débuts une filmographie libre, nomade et inspirée. Elle est à l’affiche de « Tel Aviv on Fire » le 3 avril. Portrait.

Elle a la grâce d’une danseuse classique et la folie sous-jacente d’une chanteuse de rock. L’actrice Lubna Azabal, 45 ans, échappe aux étiquettes et à tous ces schémas clé-en-main qu’elle semble vouloir congédier (très) loin de son horizon artistique. « Je suis de là où je vais« , lance-t-elle. C’est son mantra, parfaite métaphore de ses trajectoires. Surtout éviter de trop se définir, de rejoindre une case déjà encombrée, d’être assignée à résidence entre les quatre murets d’un type de rôle. Résultat ? Une filmographie dont la liberté va de pair avec celle qui l’anime au quotidien, sur un plateau comme à la ville. Le cinéma n’a pourtant pas été son option principale. « Au départ, je voulais être reporter de guerre parce que je suis fascinée par le caractère concret des situations« , se souvient-elle.

Née à Bruxelles le 15 août 1973 d’un père marocain, tenancier de bar, et d’une maman espagnole, Lubna est tombée dans la marmite du cinéma « par erreur« ,comme elle aime le rappeler, malgré son amour invétéré et précoce pour Gena Rowlands, « cette femme insensée ». A l’aube de la vingtaine, alors qu’elle est serveuse et qu’elle cherche sa voie, un ami photographe la pousse à rejoindre le conservatoire royal de Bruxelles. « Mes parents m’imaginaient plutôt médecin ou avocate » concède-t-elle avec son beau sourire cinégénique. Finalement, le septième art l’adoubera par le biais d’André Téchiné, « le tournant de ma carrière« , qui lui offre deux rôles dans Loin (2001) et Les temps qui changent (2004). La même année, son aura s’agrandit sous la houlette de Tony Gatlif avec Exils, un très beau récit sur la quête de racines pour lequel elle partage l’affiche avec Romain Duris.

D’Incendies au Paradis

2005. Sa prestation dans Paradise Now de Hany Abu-Assad marque durablement les esprits et l’impose mondialement. Le long-métrage relate de manière glaçante le parcours de deux kamikazes palestiniens, depuis leur recrutement jusqu’à l’indicible. « Je me suis chier dessus, je me trouve nulle dans ce film », lâche-t-elle pourtant, amusée et pleine de dérision, se reprochant d’avoir mal maîtrisé la langue arabe. Car oui : Lubna Azabal ne parle pas l’arabe ; tout juste baragouine-t-elle un patois purement tangerois –mélangeant le berbère, l’espagnol et le français. « Depuis, j’ai appris à mieux travailler les accents, les langues… ». A raison puisque sa double culture (maroco-espagnole) attire nombre de réalisateurs qui traitent de sujets purement méditerranéens (Les hommes libres d’Ismaël Ferroukhi, Goodbye Morocco de Nadir Moknèche, La Marche de Nabil Ben Yadir…). Denis Villeneuve en a fait partie avec Incendies, son adaptation magistrale de la pièce du dramaturge libano-canadien Wajdi Mouawad. On la revoit encore, à même le sol d’une prison, enceinte suite à un viol, en train de se taper le ventre. Une incarnation brute et brutale. « Denis répétait : ‘T’as pas mal Azabal ? C’est sûr ? » »