Révélée par “La Graine et le Mulet”, la délicieuse Hafsia Herzi a illuminé “L’Apollonide” et enchanté “La Source des Femmes”. Elle est l’héroïne scandaleuse de “L’Amour des Hommes”, une jeune artiste qui regarde sans complexe les garçons des rues de Tunis et les photographie dans le plus simple appareil. Rencontre avec un amour de femme.

Pourquoi vous dans ce film ? Racontez-nous…

Hafsia Herzi : Je connaissais et admirais le travail de Mehdi Ben Attia, cela a été un honneur d’apprendre qu’il avait un projet de film pour moi. On s’est tout de suite entendu sur les plans humain et artistique. Dès la lecture scénario,  j’ai eu un coup de cœur pour ce personnage fort. Je lui ai apporté mon regard de femme.

Plus qu’un décor, Tunis fait partie de l’histoire…

Je connais bien cette ville et j’y suis très à l’aise. Je suis Tunisienne de par mon père et j’y ai tourné en 2009 Les Secrets de Raja Amari.

Présentez-nous le personnage d’Amel…

Il s’agit d’une jeune femme française qui se rend en Tunisie avec son fiancé. C’est une artiste éprise de liberté qui aime les gens, les hommes surtout, du moins, leur beauté.

N’est-elle pas en décalage avec la réalité du pays ?

Proposer à des hommes de les prendre en photo nus, même en France, ce serait une provocation. Amel prend des risques et les assume. Elle veut arriver au bout de son projet. Il y a deux ou trois ans, je n’aurais pas eu la maturité pour camper ce rôle. Avec l’expérience que j’ai acquise, j’ai pu m’identifier à elle. Je comprends l’idée de l’artiste qui veut maîtriser son image, qu’elle soit un peu narcissique, aussi.

Amel est-elle une grande artiste ou une grande amoureuse ?

Les deux. De toute manière, lorsqu’on est artiste, on est amoureux de tout : des corps, de la lumière, des visages, des paysages… On trouve de la poésie n’importe où.

Cette inversion des rôles où l’homme devient objet de désir devant l’objectif d’Amel, est-ce une démarche féministe ?

Complètement. C’est d’ailleurs ce qui m’a le plus excitée dans ce projet. Pour une fois, l’homme est chosifié. C’est impactant, surtout au Maghreb.

Dans ce film, vous êtes libre de vos mouvements, de vos vêtements… Est-ce un témoignage ?

En tant qu’acteur, nous sommes obligés d’assumer cette liberté. C’est une question de professionnalisme. Le corps est notre outil de travail. Je trouve plus impudique de pleurer que de jouer nue. Et puis, j’interprète une fille qui se doit d’être à l’aise avec sa féminité.

“Je trouve plus impudique de pleurer que de jouer nue”

A aucun moment le spectateur ne ressent de gêne face à cet érotisme. Comment avez-vous fait ?

Dès que j’ai eu l’appareil en main, je me suis plongée dans le rôle en prenant des clichés, histoire d’être crédible en tant que photographe. Je me suis inspirée des séances où je posais quand j’étais jeune. J’essayais de regarder les modèles avec amour, pour m’adapter à la sensibilité de chacun et j’ai demandé au réalisateur de ne pas trop répéter ces scènes pour laisser intacte toute la spontanéité qui s’en dégageait.

Que pensez-vous de la démocratisation de la photo avec les portables et la mise en scène de soi sur les réseaux sociaux ? 

Je trouve cette démarche plutôt chouette et sympa à condition de ne pas tomber dans l’excès au point de ne plus communiquer dans la réalité.

Vous incarnez une certaine image de la femme dans son émancipation… 

C’est un luxe immense d’interpréter ce genre de femme. Il faut savoir être sélectif et éviter certains scénarios, dire non à films à gros budget. Je privilégie une bonne filmographie à un bon salaire. Je m’épanouis en jouant et je ne regrette rien.

Est-ce le ton que vous donnez à votre carrière ?

J’ai rapidement compris qu’il fallait que je sois rigoureuse dans mes choix. Je viens d’un milieu très modeste, c’était déjà exceptionnel, une chance folle, un rêve inespéré d’avoir été choisie par Abdellatif Kechiche. Je n’espérais même pas pouvoir continuer au cinéma….

Quel est le train principal de votre caractère ?

La patience.

Qu’est-ce qui peut vous faire pleurer ?

Tout. Je suis très sensible et ça empire avec l’âge !

Quel parfum vous émeut particulièrement ?

L’odeur de ma mère, sa peau… Cette senteur me réconforte.

Quel regard portez- vous sur votre physique ?

Devant une caméra, cela ne me dérange pas d’avoir des kilos en trop si c’est la silhouette du personnage qui l’impose. Dans la vie, je suis moins décontractée avec ce surpoids. Dernièrement, je me suis pesée et me suis dit : “arrête les gâteaux !”. J’ai perdu 10 kg.

“Je ne suis pas sportive et je mange beaucoup de sucre”

Diriez-vous que vous prenez soin de vous ? 

Côté santé : je ne fume pas, ne bois pas…  mais je ne suis pas sportive et je mange beaucoup de sucre. Côté beauté : je suis adepte des soins du visage et je fréquente les instituts. Je suis accro aux crèmes et masques pour cheveux.

Aimez-votre visage ?

Oui, plutôt.

Quel est votre plus gros complexe ?

Mon ventre. Je n’arrive pas à le perdre !

La maternité, vous y pensez ?

J’adore les enfants. Je n’ai malheureusement pas encore rencontré la bonne personne, mais j’y pense tous les jours. C’est mon rêve : je serais prête à adopter.

Avez-vous des angoisses ?

A 31 ans, j’ai peur de ne pas devenir mère, justement, et de ne pas trouver le père de mes enfants.

Êtes-vous inscrite sur les sites de rencontres ?

Non, je suis trop romantique. Je crois au coup de foudre à l’ancienne.

Quelle est votre plus grande qualité ?

J’ai beaucoup d’instinct et je me trompe rarement. J’ai des valeurs, des principes forts. C’est mon éducation de Marseillaise des quartiers Nord (rires), dans la fraternité, la solidarité.

Est-ce pénible de fréquenter un milieu parisien très fermé où les actrices se jugent entre elles ?

Je ne sors jamais avec les gens du métier, je ne suis pas showbiz et je sais garder les pieds sur terre !