Ibrahim Maalouf : “L’album est authentique et sincère”

Reprendre Dalida : un sacré challenge qu’Ibrahim Maalouf a accepté de relever. Avec “Dalida by Ibrahim Maalouf”, dans les bacs ce 17 novembre, le compositeur s’est entouré d’une pléiade d’artistes de renom pour redonner vie aux textes de la diva. Rencontre.

Il venait d’avoir 18 ansBambino, Paroles, paroles, Salma Ya Salama… Ces titres mythiques interprétés par Dalida sont connus de tous. Pour rendre hommage à cette légende de la chanson française, la maison de disques historique de la diva à la voix de velours a fait appel à Ibrahim Maalouf pour créer un album de reprises. Dans Dalida by Ibrahim Maalouf, le compositeur de génie qui vient de célébrer ses 10 ans de live a choisi de mettre l’accent sur les paroles des chansons de l’artiste en s’entourant d’artistes de renom. Alain Souchon, Matthieu Chedid, Izia, Mika, Ben l’Oncle Soul, Melody Gardot ou encore Monica Bellucci, tous ont répondu présent. A l’écoute, le disque est terriblement touchant et incroyablement bien produit. C’est en plein cœur de la capitale que nous rencontrons Ibrahim Maalouf quelques jours avant la sortie du disque. “Je voulais que cet album mette l’accent sur les paroles des chansons de Dalida, profondément bouleversantes” nous confie-t-il. Défi relevé avec brio. Confidences.

 

 

JDF : Pourquoi Dalida ?

 


Ibrahim Maalouf : 
C’est le label historique de Dalida qui me l’a proposé. J’ai refusé dans un premier temps avant de me souvenir que ma mère avait passé mon enfance à l’écouter. Il faut aussi savoir que mon grand-oncle maternel a été l’une des nombreuses conquêtes de Dalida. Je me suis dit que c’était idiot de refuser. Mes seules conditions étaient de pouvoir faire les choses selon mes envies, travailler avec les artistes que je voulais, qu’on ne m’impose aucune chanson et que je fasse l’orchestration qui me plaisait. A partir de là, c’est devenu mon album, je l’ai adopté.

Comment s’est construit l’album ?

 

 

Sur ce disque, il y a des tubes mais aussi des titres moins connus du grand public. C’est un mélange des deux. Je les ai choisis de manière très instinctive en fonction des paroles, de ce qu’elles racontaient et des musiques qui me touchaient. Il fallait aussi que je puisse exploiter la mélodie à ma façon. Je n’ai par exemple pas repris Gigi l’Amoroso car il m’aurait fallu deux mois rien que pour ce titre ! Mon choix de chansons n’a pas été stratégique, mais authentique et sincère. J’ai voulu donner au public ce qu’ils auraient voulu entendre – Bambino, Paroles, paroles etc. – et en même temps, leur faire découvrir de nouveaux titres. Je voulais aussi que l’accent soit mis sur les paroles et qu’il y ait de vrais interprètes capables de les incarner et leur donner vie.

 

 

 

 

Justement, comment s’est fait le choix des artistes ?

 
Pour certains, c’était une évidence. Je voulais Alain Souchon pour interpréter Bambino et Matthieu Chedid pour Paroles, paroles. Ce n’était pas possible que ce soit quelqu’un d’autre. Pour Il venait d’avoir 18 ans, je voulais absolument Maurane mais elle venait de subir une opération des cordes vocales. On m’a proposé beaucoup d’artistes pour la remplacer mais je n’entendais qu’elle. J’ai donc préféré faire ce titre en version instrumentale. Il en fallait au moins un donc ça tombait bien. Il faut savoir qu’aucun artiste participant au projet n’a été le remplaçant de quelqu’un d’autre. C’est une chance incroyable !

 

 

Est-ce qu’il a été simple de les convaincre de participer au projet ?

 

 

Certains m’ont immédiatement fait confiance, d’autres comme Izia et Arno, non. Dalida chantée par Arno, c’est un énorme challenge, mais il s’est laissé convaincre. Quant à Izia, quand elle est arrivée et qu’elle a écouté ma version de Laissez-moi danser, elle m’a dit “j’aime pas ce que t’as fait”. Je la revois commander un taxi pour rentrer et moi la supplier de laisser une chance à ce titre en laissant tomber le big band. Il fallait que ce soit elle qui interprète ce titre. Ça aurait perdu de son charme et son authenticité si on avait fait appel à quelqu’un d’autre.

 

 

C’est une des chansons les plus bouleversantes de l’album…

 

 

Je trouve aussi ! Et surtout, Izia aussi, et c’est génial ! Dès l’instant où ça a commencé à fonctionner, elle m’a dit qu’elle avait des frissons et qu’elle adorait. C’était très touchant et je suis content d’avoir été aussi secoué. Elle a été honnête et franche dès le début et ça nous a mené ailleurs. Ce n’est qu’une chanson, certes, mais ce sont des moments magiques musicalement et humainement.

 

 

Vous avez réalisé le rêve de Monica Bellucci en la faisant chanter sur Paroles, paroles, en duo avec Matthieu Chedid. Pourquoi l’avoir choisie ?

 

 

Je voulais absolument que Matthieu Chedid chante la partie de Dalida sur ce titre. Pour interpréter Delon, il fallait une personne charismatique, qui représente cette féminité un peu macho qui colle à la personnalité de Delon. Ça n’a pas été simple mais nous nous sommes vite dit qu’il n’y avait que Monica pour le faire. Heureusement, elle a tout de suite été emballée.

 

 

 

Vous chantez également sur J’attendrai avec Melody Gardot…

 

 

C’est vrai ! Ce duo s’est fait par hasard en réalité. Comme elle ne connaissait pas bien la mélodie, je chantonnais à ses côtés pour la guider et on l’a enregistré à deux. Je pensais qu’elle le ferait de nouveau plus tard toute seule, mais elle m’a affirmé qu’elle ne participerait pas à l’album si je ne l’accompagnais pas. Comme ça fonctionnait bien à deux et que Melody a une voix incroyable, j’ai accepté.

 

 

 

 

Un mot pour désigner Dalida ?

 

 

 

C’est très compliqué (il réfléchit, ndlr). Pour moi, Dalida, c’est une femme qui malgré une vie de souffrances, n’a jamais voulu en faire payer son public. Elle a toujours mis un masque devant son public. Ce n’était pas de l’ego, c’était un rêve en quelque sorte. Elle a permis aux gens de rêver et elle dit d’ailleurs dans Laissez-moi danser, “Laissez-moi danser, aller jusqu’au bout du rêve”. C’est difficile de mettre un mot sur ça. Elle a cette force de personnalité incroyable, qui lui faisait tout encaisser sans rien laisser paraître.

 

 

 

Il y a quelques années, vous rendiez hommage à Oum Kalthoum, une autre femme fascinante. Qu’ont-elles en commun ?

 

 

Elles sont très différentes. Oum Kalthoum est une femme qui, encore aujourd’hui, est l’unique représentante de l’art de la chanson dans tout le monde arabe. C’est une déesse. Dalida, c’est une artiste populaire. Je pense qu’elles ont en commun leurs revendications respectives de femmes. Elles ont chacune lutté dans leur vie pour les droits des femmes et ont été des représentantes de la femme de leur époque et leur culture.

 

 

“Je ne me vois pas trompettiste dans 20 ans”

 

 

En juillet dernier, vous expliquiez sur les réseaux sociaux que l’anneau de votre trompette avait cédé et disiez qu’ “à 40 ans, si la vie m’offre cette chance inouïe, je reprendrai ma liberté”. Plusieurs internautes ont fait part de leur tristesse en pensant que vous arrêtiez la musique… Qu’en est-il réellement ?

 

 

Je n’arrête pas la musique, seulement la trompette. J’en jouerais par plaisir mais je ne veux plus faire d’album et de tournée en tant que trompettiste. J’en avais envie depuis longtemps, dès le début en réalité. Je n’ai jamais vraiment choisi de jouer de cet instrument. J’ai fini par l’aimer mais je ne me vois pas trompettiste dans 20 ans. Être associé à la trompette ne me dérange pas mais je ne veux plus qu’on s’attende à ce que j’en joue constamment. Sur Red & Black Light, il y avait déjà moins de trompette… C’était une manière de préparer le public en quelque sorte.

 

 

Quels sont vos projets ?

 

 

On sort en fin d’année prochaine le live de Bercy qui était incroyable. J’ai deux autres albums en préparation pour 2019 et 2020, je travaille aussi sur 3 musiques de films qui devraient voir le jour dans les deux prochaines années, mais aussi avec d’autres artistes… Je fais pas mal de choses en ce moment, même en dehors de la musique.

 

 

Vous avez fêté vos 37 ans il y a quelques jours. Où vous voyez-vous dans 10 ans ?

 

 

J’aimerais continuer à avoir la chance de vivre de ma passion, qu’on continue à me faire confiance, ce qui n’est pas tous les jours facile. Les moindres rumeurs peuvent vous terrasser… Je l’ai vécu récemment et c’est fou. Je savais que cela pouvait arriver, mon album Illusions parle d’ailleurs de ce phénomène… J’espère juste que ma vie sera sereine comme elle l’est depuis le début.

 

 

 

Quelle est votre mélodie du bonheur ?

 

Il y en a plein… Quand j’écoute Bambino, j’ai un grand sourire.

 

Qu’est-ce qui vous met des trémolos dans la voix ?

 

La version d’Arno de Je me repose. Toutes les personnes qui l’entendent ont les larmes aux yeux. Arno a réussi à faire de ce titre en chef d’oeuvre.

 

 

Une chose que vous envoyez valser ?

 

Des chansons que je n’avais pas envie de reprendre comme Gigi l’Amoroso.

 

 

La dernière fois que vous l’avez mise en sourdine ?

 

 

J’ai mis ma trompette en sourdine dans l’album. Elle n’est présente que sur quelques titres. Je sais qu’on espère toujours qu’il y en ait mais je n’en avais pas forcément envie.

 

 

Une musique qui adoucit les mœurs ?

 

 

La version d’Izia de Laissez-moi danser. Cette chanson est bouleversante et apaisante à la fois. Izia est extrêmement réaliste et sincère dans ce qu’elle dit. En plus, c’est Pascal Sevran qui a signé le texte et c’est sans conteste, l’une des plus belles paroles que Dalida ait chanté.

 

 

Dalida by Ibrahim Maalouf, dans les bacs le 17 novembre 2017, Barclay