Bell(g)e, drôle, généreuse, l’humoriste Nawell Madani a su mettre la France et la Belgique à ses pieds. Après des années de galère pour percer, la belle trentenaire est à l’honneur sur C8 le 13 mars lors d’une soirée spéciale. La chaîne diffuse « C’est moi la plus belge », le spectacle qui l’a fait connaître et le documentaire exclusif « One, two, three, Nawell Madani » dans lequel l’artiste dévoile ses projets pour son pays d’origine, l’Algérie. Rencontre.

Attachante, pétillante, authentique… et tellement drôle ! Nawell Madani est certainement la bonne copine que l’on aimerait toutes avoir. Après une carrière de danseuse, de chorégraphe puis de directrice artistique, la jolie Belge âgée de 35 ans est tombée en amour pour le monde de la scène. Stand-up, comédie : cette artiste polyvalente, qui ne connaît pas les temps morts, souhaite désormais s’investir dans des projets culturels au pays de ses origines, l’Algérie. Rencontre avec la nouvelle Dalida, prête à mourir sous les feux des projecteurs !

Être la première femme humoriste à monter sur la scène de l’Opéra d’Alger quand on a connu la galère et les petits boulots, qu’est-ce que ça fait ?


Nawell Madani : 
C’est un gros challenge ! C’est magnifique d’ameuter 8 000 personnes quand on sait qu’il n’y a pas de billetteries en ligne. En Algérie, les choses se font encore de manière artisanale : les gens achètent les billets dans des bar-tabac, des restaurants. Certains font un voyage de 8 heures en voiture de Sidi Bel Abbès ou Constantine pour acheter leurs tickets puis revenir te voir un mois plus tard… Quand il y a une telle motivation, tu te dois d’être à la hauteur ! De plus, il n’y a pas de femme humoriste algérienne. On a des piliers de l’humour comme Fellag, Smain, de grandes comédiennes, actrices et dramaturges, mais pas de stand-up one woman. Pouvoir monter sur cette scène donne de l’espoir aux jeunes générations.

Comment vous y êtes-vous prise pour jouer en Algérie ?


Nawell Madani :
 Cela fait 7 ans que je me bats pour pouvoir monter un festival en Algérie. C’est un pays qui se relève des années noires, où la culture a été prise pour cible. Le pays se remet petit à petit d’un traumatisme. La population, hors période estivale ou de Ramadan, vit encore au rythme du couvre-feu. Les gens ont une sale image de l’Algérie, mais nous allons contribuer au changement.

Dans « One, two, three, Nawell Madani », on vous découvre au naturel, entourée de vos proches dans le pays de vos origines. Était-ce votre idée de filmer les coulisses de ce spectacle ? 

Nawell Madani : Je voulais avoir des images pour donner envie aux gens de venir en Algérie. Je souhaitais tellement monter un festival et une école artistique qu’il me fallait un support pour justifier mes envies de projets aux plus sceptiques et leur montrer les talents algériens. C’est un pays riche de par son histoire, ses épreuves… Il y a tellement à faire ! Il faut accompagner la jeune génération pour dégager toute cette créativité.

La danse est votre premier amour, mais vous avez pris un autre chemin en vous lançant dans l’humour et le cinéma. Comment l’art de la scène est-il arrivé jusqu’à vous ?


Nawell Madani : 
C’est une continuité. De toute façon, je n’aurais pas pu danser très longtemps vu que je vieillis. Je n’arrive même plus à faire les grands écarts ! J’ai toujours rêvé d’être comédienne, mais je pensais que ce n’était pas fait pour moi. Petite, je n’arrivais pas à m’identifier aux actrices françaises, j’étais plus dans les séries black américaines. Le cinéma me paraissait inaccessible donc j’ai enfoui ce rêve, avant de rencontrer le jeu d’acteur. L’amour que j’ai pour le stand-up et la scène est beaucoup plus fort que celui que j’avais pour la danse. Je vais mourir sur scène, moi ! (rires) 

« Avant d’être humoriste, je suis une femme. Je suis coquette, j’aime plaire et je l’assume » 

Cet amour pour la scène est arrivé lorsque vous avez franchi le cap de la trentaine. Auriez-vous aimé qu’il naisse plus tôt ?


Nawell Madani : 
Bien sûr ! Tu sais comme c’est fatiguant de quitter les clubs de stand-up  à 2 heures du matin ? Je vieillis ! Je mets trois semaines à récupérer d’une nuit blanche ! J’aurais voulu commencer plus tôt pour être plus tenace. Mais tout arrive, Dieu fait bien les choses. Aujourd’hui, j’ai la maturité pour affronter cet univers compliqué.

Être une femme dans ce milieu a été difficile lors de vos débuts. Y-a-t-il des obstacles liés au genre que vous devez encore surmonter ?


Nawell Madani : 
Il y a encore plein de choses à faire, mais c’est moins difficile car tant de femmes se sont battues et nous ont ouvert la voie. En tant qu’humoriste d’origine maghrébine et de confession musulmane, je vis des combats, parce que je parle d’homosexualité et de virginité sur scène. Si tout était facile, on resterait dans notre confort tandis que là, il faut redoubler d’inventivité et de créativité pour surprendre. C’est kiffant !

Vous êtes une très belle femme. Enfant, vous avez été brûlée au 3e degré lors d’un accident domestique. Vous avez dû faire face aux moqueries de vos jeunes camarades. Faites-vous attention à votre image, aux photos que vous postez ?


Nawell Madani : 
Toujours ! Avant d’être humoriste, je suis une femme. Je suis coquette, j’aime plaire et je l’assume. C’est aussi une marque de respect envers le public de venir apprêtée, de penser à son costume de scène… Je ne sais pas combien de temps le capital beauté va rester, donc j’en profite ! Je me maintiens : je faisais du cross-fit, maintenant je fais du yoga… Plus je vieillis, plus je me kiffe !

Avez-vous des complexes ?


Nawell Madani :
 J’aurais voulu avoir plus de bagages, que mes parents me donnent le goût de la lecture, mais ils avaient d’autres priorités. Aujourd’hui, je rattrape le temps où je n’étais concentrée que sur la danse. J’apprends à lire, à être curieuse. Je me nourris au quotidien.

« Je préfère faire une promo les cheveux lavées »

Votre physique est-il un atout ou un obstacle pour faire rire ?


Nawell Madani : 
À force de me parler de mon physique, je vais me prendre pour une bombe atomique en sortant d’ici ! Mon physique était un obstacle, mais c’est devenu un atout. Je n’en joue pas, mais je vois des jeunes filles qui s’identifient à moi. Certaines viennent à mon spectacle apprêtées comme si elles allaient à l’opéra. Elles me disent qu’elles veulent être à la hauteur de l’artiste qu’elles viennent voir. Même les présentatrices me confient qu’elles font des efforts parce qu’elles savent que je vais mettre le paquet sur le plateau. (rires) C’est très américain d’en mettre plein la vue, tandis que les Françaises aiment faire les artistes… Moi, ce n’est pas mon style, je préfère faire une promo les cheveux lavées.

Avez-vous encore le trac avant de monter sur scène ?


Nawell Madani 
: Bien sûr, il faut avoir le trac sinon tu arrêtes ce métier. Cette adrénaline, c’est ce qu’on recherche. C’est comme si tu avais rendez-vous avec un mec mais que tu n’avais pas de papillons dans le ventre. Ce n’est pas bon signe !