Sanaa Kadmiri, un retour tant attendu

À elle seule, Sanaa Kadmiri incarne tout l’attrait que les téléspectateurs ont pour la télévision nationale. On l’a adorée avec son émission du dimanche matin « Salut les p’tits loups », on l’a suivie avec « Ajial » et on la retrouve aujourd’hui avec « Studio Live ». Une femme, une vraie, qui se livre à nous avec toute la bienveillance qui la caractérise. Entretien.

 

Direction artisque : Kaoutar Salmy

Texte : Sarah Duclaux-Larive

Stylisme : Rachida Mekouar

Photographe : 
Mohamed Sajid

Post-Prod : Abdel Kebdani

Mise en beauté : Nada Faris pour Art Make-up

 

Côté boulot

 

Désormais les téléspectateurs vous retrouvent avec Studio Live, racontez-nous le concept…


Une demi-heure de concert, un chanteur reconnu qui chante ses propres chansons. Une demi-heure ça fait presque six singles. Très sou- vent, quand on commence une carrière, les chanteurs arabophones re- prennent des classiques. C’est donc une émission qui booste les artistes et qui leur donne envie d’interpréter leurs propres chansons. Ce qui m’importe le plus c’est de pouvoir transmettre une culture, un patri- moine artistique. Au lieu de parler de la pluie et du beau temps, nous parlons sous un prisme musical de la carrière de l’artiste, de son identité et de son choix artistique. Mon ambition est de cadrer ce concert pour suivre l’évolution de l’artiste.

 

Après les enfants et les jeunes, voilà que c’est la musique que vous mettez à présent en valeur sur le petit écran. Expliquez-nous votre parcours…

Quand j’ai fait des émissions pour enfants, quelque part on voyait en moi une enfant-adulte. J’ai passé de très belles années parce que j’ai appris d’abord à connaître les enfants marocains. Je pense que la continuité a été naturelle puisque j’ai été amenée à rencontrer plusieurs générations que j’ai vues grandir… En quinze ans ça en fait quand même pas mal ! (Rires) Evidemment, je suis restée dans le même train, pour aider ces jeunes à s’exprimer. Maintenant, il faut dire que l’émission Ajial n’a pas commencé avec moi. Quand j’en ai repris les rennes, j’ai fait intervenir des gens de différents milieux: musical, universitaire, culturel… Pendant dix années, nous avons vu des jeunes engagés. Il ne faut pas oublier que le Maroc c’est d’abord une grande jeunesse qui veut s’exprimer. En tant qu’animateurs, nous sommes des ambassadeurs. Nous ne sommes pas là pour jouer les stars et si nous sommes des stars c’est grâce au public. C’est vrai que de nombreux artistes de la nouvelle vague sont passés sur Ajial et c’est vrai aussi que j’avais des rapports assez amicaux avec eux. Sachant que ma famille est dans le milieu, à partir de là l’émission Studio Live a été un véritable cadeau. On est là pour présenter un bon produit aux Marocains, pour leur donner l’opportunité de sa- voir ce qu’il se passe autour d’eux. A chaque émission, il faut quand même véhiculer un message.

 

Qu’avez-vous appris de cette expérience de 28 ans sur le petit écran ?

Le Maroc évolue très vite. La jeunesse évolue très vite aussi, mais quel est le chemin qu’elle va choisir? Je pense qu’on a une lourde responsabilité quand on est animateur de télévision. L’égoïsme n’a pas lieu d’être, normalement ! On est là pour transmettre des messages, on est là pour éduquer, pour cultiver et ce même dans la distraction. L’Art est une culture, L’Art est une éducation. Donc si j’ai fait cette émission, c’est pour donner l’opportunité à tous ces jeunes chanteurs de montrer leur travail et leurs compétences. C’est aussi pour mener les Marocains vers la bonne voie artistique. Cette vision ne concerne pas uniquement les émissions artistiques, j’en ai fait pour les enfants, j’en ai fait pour distraire mais j’ai aussi collaboré avec des associations. Je ne suis pas une mère, je suis une animatrice mais j’ai essayé d’éduquer à ma manière ces enfants là à travers des émissions éducatives et pédagogiques. Ce fut la même chose avec Ajial. Aujourd’hui j’essaye de le faire aussi avec une émission artistique.

 

En tant que connaisseuse, que pouvez-vous nous dire de la jeunesse marocaine ?
C’est extrêmement hétérogène. Mais ils ont très soif d’apprendre. Quand on leur donne l’opportunité, quand on les respecte, quand on sait leur parler, ils sont prêts à écouter et apprécier. Maintenant, si on leur donne du n’importe quoi c’est clair qu’ils avalent aussi. C’est ça l’erreur. La jeunesse aujourd’hui est une éponge qui s’imbibe de tout ce qu’on lui offre. C’est donc à nous de faire le tri, nous les gens responsables.

 

Côté cœur

 

Y a-t-il un heureux élu dans votre vie ?


Non. Ce n’est pas facile aujourd’hui de faire des rencontres. La femme a énormément évolué. Malheureusement, je trouve qu’on ne lui donne pas encore sa vraie valeur dans notre pays, c’est dommage. Aujourd’hui, encore plus qu’avant, c’est très superficiel. Quand on voit une femme qui a du caractère, de la personnalité, on la catalogue très vite : « elle doit être compliquée ». Ce qui est complètement faux ! Au contraire. L’homme qui a une femme avec de la personnalité devrait être plus qu’heureux parce qu’avec ce genre de femmes on ne se pose pas de questions. Une femme qui a du caractère ne laisse pas de place à l’ennui, elle veut partager des choses avec son compagnon, intellectuellement. Et puis, elle cherche un certain équilibre donc elle ne peut donner que du bonheur. Mal- heureusement, ici les hommes ont l’impression inverse. Je pense qu’il y a aussi un problème de personnalité chez les hommes. Ils ont tout facile- ment, trop facilement à mon goût. Il y a quelque part une certaine lâcheté. Aujourd’hui, je suis seule non pas parce qu’il n’y a pas d’hommes, mais ceux que je vois ne me correspondent pas. Je n’ai pas encore rencontré cette âme qui m’intéresse vraiment.

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Quelles sont les qualités essentielles chez un homme ?


La générosité sous toutes ses formes. La générosité en tant qu’être, la générosité en amour, la générosité dans le partage. Les couples aujourd’hui manquent de partage. Très souvent vous voyez des jeunes qui sont as- sis dans des cafés l’un en face de l’autre mais qui ne se racontent rien. L’homme ne partage plus vraiment, je me demande même s’il a beau- coup de choses à partager. (Rires). La femme est plus intéressante, elle a beaucoup plus de choses à dire et à raconter qu’un homme.

 

Quelle amoureuse êtes-vous ?

Je donne beaucoup. Mais pas seule- ment à l’être aimé, je donne à tous ceux que j’aime Je n’ai aucune réserve à tout offrir et à tout donner. Je suis quelqu’un de très généreuse en amour et très passionnée.

 

Qui est l’amour de votre vie ?

Ma fille. Elle est au-dessus du monde entier. J’aime mes parents plus que tout au monde mais ce sont mes parents. Si je devais choisir une seule personne, il n’y a pas photo, ce serait ma fille !

 

Côté style de vie

 

Quel est votre premier geste le matin ?


Ce n’est pas très glamour mais j’allume mon téléphone pour rétablir la connexion avec le monde (Rires).

 

Quel est votre indispensable beauté ?


C’est une alimentation très saine. Je crois que de l’alimentation vient absolument tout. La beauté, le bien- être comme les maladies.

 

Avez-vous un secret beauté à partager ?


L’huile d’argan. Je préfère de loin les produits naturels. Je vais très rarement dans les parapharmacies ou dans les grandes parfumeries. Dans ma salle de bain, on trouve beaucoup d’huiles essentielles et naturelles que j’utilise tous les jours : argan, ricin, fenugrec…

 

Quelle est votre lecture préférée ?

En ce moment, c’est Le Prophète de Khalil Gibran. J’aime le lire et le relire. C’est un livre qui nous apprend à aimer, partager. Le monde est devenu trop égoïste et pourtant ça fait si longtemps qu’on apprend aux gens à aimer. Ils pensent que c’est plus dur, ce qui est complètement faux. C’est beaucoup plus dur de ne rien donner parce que moins on donne, moins on est sain. Dans ce livre, j’ai trouvé ce que j’aime de la vie.

 

Les styles de musique que vous écoutez ?


Tout dépend des moments. Je peux passer des soirées entières à écouter très nostalgiquement du Oum Kelthoum. Sinon j’écoute d’avantage du Marvin Gaye ou encore Aretha Franklin, Ray Charles, Prince…

 

Un film qui vous a marquée ?

Il y en a deux : « Les liaisons dangereuses » et « Le dernier empereur ». J’aime aussi beaucoup Bertolucci. Ce sont mes supers classiques.

 

Côté valeurs

 

Quel est le plus beau principe de vie que votre mère vous ait inculqué ?

L’intégrité. C’est très important d’être intègre avec soi et avec les autres. Et la fierté. Je suis très fière donc il m’est impensable de me mentir à moi-même. Si je ne peux pas me mentir à moi-même, je ne vais pas mentir aux gens. Quelle que soit la réponse, je la donne parce que c’est la mienne. J’ai eu une éducation qui a été sévère, peut-être, mais on m’a appris à être fière et intègre.

 

Quel est celui que la vie vous a appris ?


J’avais tendance à faire confiance trop facilement. Ca je l’ai appris trop tard. J’ai besoin d’abord de faire confiance et j’analyse la personne après.

 

Êtes-vous féministe ? De quelle manière votre engagement s’ex- prime-t-il ?


J’ai un père qui a grandi à une époque machiste mais il a fait de moi une des plus grandes féministes que l’on ait pu avoir dans les années 68’ (rires). Jusqu’à aujourd’hui, si j’assiste à une scène de maltraitance d’un homme à l’égard d’une femme, je suis capable de devenir une véritable lionne. Je ne peux pas concevoir que l’on manque de respect à celle qui nous met au monde. Un homme ne peut pas vivre sans une femme.

 

Si vous étiez un homme, lequel seriez-vous ?


Je ne veux pas être un homme. A part mon père envers qui j’éprouve énormément de respect. Je suis trop féminine, j’aime trop la féminité pour être un homme (rires). Malgré tout ce qu’on peut penser de ma forte personnalité, je suis une femme, je ne veux pas être autre chose et je n’ai jamais pensé à être un homme en particulier. Et s’il existe, alors j’espère le rencontrer !

 

Et si c’était à refaire ?

Je ne changerais rien. Tout ce que j’ai vécu, je l’ai bien vécu. Avec ses plaisirs, ses bonheurs et ses douleurs. J’ai eu une enfance peut-être sévère mais digne. Je n’ai jamais senti cette douleur de l’adolescence, je la vis aujourd’hui avec ma fille. J’ai travaillé très jeune mais j’ai eu au- tour de moi des gens formidables qui m’ont soutenue et formée. Et je pense avoir eu une très belle carrière. Trouver l’amour et voir ma fille heureuse dans sa vie future, ce sont peut-être les seules choses que j’attendrais de cette vie.