Amour : peut-on changer l’autre ?

Notre mec a des défauts plus ou moins supportables. On a celui de vouloir de le changer. Mission possible ou impossible ? Peut-on modeler l’autre à sa guise et aurait-on raison de le faire ? Réponses avec Liliane Holstein, psychanalyste et auteur de “La magie du couple heureux” (Ed. Josette Lyon).

 

On se rencontre et tout va bien. Les premiers mois de la relation se passent de façon idyllique : pas de nuage à l’horizon. Et quand le ciel se grise, on fait avec. Rien n’est grave, nous sommes beaux. Notre Redouane se montre un peu sauvage, boudeur ou flemmard, mais on le vit bien, parce que nous avons l’intime conviction de détenir un sacré pouvoir : celui de pouvoir le changer avec le temps. Parce qu’on le sait parfaitement, ce qui nous plait au début est parfois ce qui nous hérisse un beau jour. Si on ne voit rien les premiers temps, c’est grâce (ou à cause) de notre inconscient, d’après la psychanalyste Liliane Holstein, auteur de La magie du couple heureux (Ed. Josette Lyon) : “L’inconscient a une tâche fondamentale : nous faire glisser sur ce qui peut nous faire du mal. Il veut que l’on grandisse malgré les problèmes rencontrés dans l’enfance, que l’on soit capable de procréer et de renouveler l’espèce. Il minimise la difficulté pour que l’on s’attache à la personne, jusqu’à ce que la colle affective prenne”, introduit la spécialiste. Puis arrive le moment où la colle prend et où le rose n’est plus si rose. Ce qui nous déplaît chez l’autre se dessine alors franchement. C’est un peu comme si l’inconscient bugguait. Il ressort tout ce qu’il avait gardé caché le temps de la rencontre : on réalise finalement qu’un homme peu bavard, trop fêtard ou trop bordélique, ça nous rend dingue.

 

Pourquoi lui, si on veut le changer ?

 L’inconscient (toujours lui) est à l’origine de nos choix. En d’autres termes, les rencontres amoureuses ne sont pas dues au hasard (même s’il n’était pas prévu que l’on traîne dans ce parc samedi dernier). Elles sont le fruit de notre histoire familiale et de notre histoire d’enfant : cette personne nous plaît parce qu’elle nous “répond”, souvent sur un détail. Par exemple, si elle est un peu fragile et qu’on a toujours soutenu un parent qui l’est aussi, notre besoin de sauver le monde va se réjouir. Si on a besoin d’attention, on attendra de l’autre qu’il comble notre vide et s’occupe de nous. Et voilà ce qu’il se passe : Redouane nous “répond” inconsciemment sur un point précis mais cela ne nous convient pas nécessairement. Pour résumer, tout est dans cette phrase : si Redouane correspond à qui nous sommes, il ne correspond pas forcément à ce que l’on veut maintenant, tout de suite et… consciemment. Il y a, d’un côté nos attentes dans la vie réelle et de l’autre notre boîte noire (l’inconscient qui lui fonctionne toujours en roue libre).

On se retrouve face à un sacré paradoxe. On veut que Redouane change, mais au fond, il répond à notre faille. Alors, question (vous avez trois heures) : voulez-vous (RÉELLEMENT) le changer ?

 

Vous l’avez choisi comme ça. “Beaucoup de personnes parviennent à faire changer leur partenaire et le regrette. Cela ne leur convient plus”, observe la psychanalyste. Pourquoi ? Parce que notre  inconscient boude. Pour aller plus loin, disons que notre inconscient nous a dirigé vers Redouane afin que l’on poursuivre notre vie selon notre schéma. Nous sommes fidèles à ses plans secrets. Alors si Redouane devient soudainement un garçon fun et bavard, c’est une victoire, mais son côté ours, qui répondait à (imaginons) notre côté un peu sado qui aime sentir que l’autre n’est pas acquis (car dans sa bulle) va faire des siennes. Et là, plusieurs options : accepter d’être comme ça, donc accepter Redouane (et ce n’est pas un souci) ou alors décider de reprendre le dessus en faisant un pied de nez à notre inconscient, en changeant nous-même avant de changer Redouane.

 

Je change, tu changes, nous évoluons

Certains comportements de la part de Redouane sont ingérables, voire invivables, et on se demande comment on a pu se faire berner à ce point. Et ne pas les supporter est légitime. Que l’autre change est alors un réel besoin. Mais parfois, on ne fait que des caprices (sérieusement, trois chaussettes sales par terre ?), mais aucun caprice n’est anodin. Qu’est-ce qui en nous fait qu’on veut absolument que ça change ? Parce que oui, les différences chez l’autre ne sont pas toujours négatives. N’aurions-nous pas un égo écrasant ? Pourquoi serait-il comme nous, pourquoi agirait-il comme nous en permanence ? “Ce qui fait la noblesse d’un couple, c’est la complémentarité. Les petites divergences sont à relativiser”, rassure la psychanalyste, qui nous donne envie de porter un regard positif sur notre partenaire et de vivre l’amour dans toute sa magie.

Et pour cela, pour mieux accepter les différences de l’autre, on peut d’abord balayer devant sa porte. Avant de changer l’autre, il faut d’abord accepter que nous sommes nous-même un être en formation. “L’autre aussi a besoin de nous voir évoluer. Lui aussi nous fantasme et nous espère différente, d’une certaine manière”, rappelle Liliane Holstein. Car l’autre aussi, de la même façon (nous n’avons rien inventé) rêve de nous voir sortir de nos habitudes, de le surprendre physique, affectivement, psychiquement, sensuellement. Scoop: on attend peut-être de lui qu’il nous sauve tandis que lui aimerait nous voir autonome. On attend peut-être qu’il soit romantique et attentionné et lui attend peut-être de nous surprendre quand on aura le dos tourné. Une fois que nous sommes au clair là-dessus, que l’on n’accuse pas l’autre de tous les maux en ayant conscience de ce que l’on peut apporter de neuf et de positif à la relation, alors oui, nous sommes prêtes à communiquer avec Redouane, à lui faire part de nos besoins et à écouter les siens.

 

Partager ses besoins et l’inviter à faire des efforts

Les relations se trament comme dans un jeu d’échec : lorsqu’une pièce bouge, toute la partie suit. Si on veut que notre partenaire soit moins “ours”, on peut se demander quelle pièce déplacer et faire plusieurs tentatives. Le secouer, le laisser, lui parler… Un pion à déplacer, qui fonctionne plutôt bien, est celui de la gentillesse, de la douceur. Une valeur qui se perd, on cherche trop à faire les dures, comme si être chiantes était gage de réussite et de respect. Au contraire : de la tendresse, une main sur un bras, des câlins, des mots doux, voilà qui permet de faire passer à l’autre tous les messages du monde. On parvient alors à communiquer nos besoins sans fermer notre partenaire. On peut aussi lui demander Que ressentirais-tu si je faisais ça ? “Ainsi, on retourne la mécanique. D’un coup d’un seul, une connexion empathique se met en place dans le cerveau de notre partenaire qui va forcément réfléchir à cette question et mieux nous comprendre, même s’il ne réagit pas instantanément”, précise la spécialiste. Cela fera du chemin en lui et voilà que oui, il changera pas à pas. Et on n’hésite pas à ouvrir la porte avec bienveillance afin qu’il puisse nous confier ce que lui espère et attend également. On tend l’oreille, sans se braquer, sans juger, sans castrer la parole de l’autre, d’une parole acerbe, sans “oui, mais”. C’est à deux que l’on progresse.

 

Mais si cela devient source de souffrance, que l’autre n’entend pas notre besoin (réel), s’il affirme haut et fort, qu’il ne changera jamais, qu’il faut le prendre comme il est, si ses travers deviennent hautement insupportables à nos yeux, alors oui, on réalise que l’on a été dupé par notre inconscient. On peut se l’avouer, se dire que tout ça ne nous convient pas, qu’une histoire plus positive nous attend ailleurs. “Nous venons sur Terre pour être heureux, et non pas pour répéter éternellement les mêmes difficultés, mais pour évoluer constamment. L’aventure de la vie à deux est un challenge extraordinaire pour cela. Mais on y arrive mieux en acceptant de changer autant l’un que l’autre. Le grand challenge, c’est que les deux membres du couple acceptent de combattre leur propre inertie affective et mentale en respectant les différences de l’autre…quand elles ne représentent pas des symptômes graves. Finalement, c’est ça AIMER, vraiment !”, conclut Liliane Holstein, auteur de La magie du couple heureux (Ed. Josette Lyon).

 

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