Alors qu’elle était sur le point de se séparer de Yacine, Amal a commencé à regarder autrement Hamza, le meilleur ami de son mec. Tous deux se sont rapprochés et débattus avec leur culpabilité. Aujourd’hui, ils sont ensemble. Mais quel a été le prix à payer ? Témoignage.

Mon premier grand amour s’appelait Yacine. Je l’ai rencontré lors de ma dernière année de fac. J’avais 24 ans et lui 30. Nous avons partagé une histoire dingue. Première fois au lit (pour ma part), premier appartement en couple, premières grandes projections quant à l’avenir… C’était génial, c’était beau. La dernière année, notre histoire a commencé à se dégrader. Yacine aimait que les choses aillent dans son sens. Je le savais, le connaissais ainsi, mais j’avais de plus en plus de mal à le supporter. J’avais le sentiment de ne jamais pouvoir donner mon avis, sur la destination des vacances, le prénom du chat ou la marque du café à acheter… Des détails qui cumulés finissent par peser. Yacine avait un côté très capricieux. Et un côté volage : quelques mois avant notre rupture, il m’a trompée une fois et me l’a avoué.

“Mon couple était bancal”

J’étais dévastée. Plus rien n’allait. Mon mec me bouffait et me trahissait. Mais quelque chose me retenait. L’amour, sans doute, ou plus exactement la peur d’être seule et de laisser dernière moi tant d’années, d’habitudes, de souvenirs. J’ai pleuré pendant trois semaines et j’ai pardonné. Yacine parvenait même à me faire culpabiliser : s’il m’avait trompée, c’est parce que je n’étais pas assez présente (incompréhensible). J’ai alors essayé de le retenir, d’être douce, d’être celle qu’il espérait que je sois. Mais rien n’y faisait : notre couple était devenu bancal.

Nous passions davantage de temps avec notre bande de potes que tous les deux. Une façon de nous éviter, très certainement. Toujours est-il que ces moments m’ont permis – sans que je m’en rende compte au départ – de davantage découvrir Hamza, le meilleur ami de Yacine depuis le collège. La plupart de nos soirées se déroulaient chez lui car il venait d’obtenir un appartement avec terrasse à Darb. Il devenait le pilier du groupe et étrangement, je me sentais drôlement en sécurité quand nous étions sous son toit. Certains soirs, je ne voulais plus partir, j’appréhendais de rentrer avec Yacine.

“Je racontais à Hamza ce que je vivais avec Yacine”

Je crois que nous avons commencé à être plus intimes avec Hamza lors de nos séances de Body pump. J’adore ce sport et je suivais parfois Yacine et Hamza à la salle. Mais quand notre relation battait de l’aile, Yacine s’échappait ailleurs (vers d’autres filles, encore ?) tandis que j’étais volontaire pour accompagner Hamza, qui se retrouvait seul. J’avais besoin de me défouler, de me changer les idées.

Tous les deux, nous discutions beaucoup. Enfin, je discutais beaucoup toute seule. Je racontais à Hamza ce que je vivais avec Yacine et lui m’écoutait attentivement. Il était très doux avec moi, très réconfortant. Et il ne s’en mêlait jamais. Ce que je comprenais : la situation n’était pas des plus confortables pour lui. Jamais il ne démontait son pote. Il se contentait de m’épauler. Il n’y avait aucune ambiguïté entre nous, juste un lien très sain en construction.

“Après ma rupture, Hamza prenait régulièrement de mes nouvelles”

Avec Yacine, jour après jour, notre relation n’était que tension. Une petite voix, raisonnée comme jamais, me soufflait de le quitter avant d’en souffrir davantage. J’ai bien essayé un soir, mais Yacine m’a suppliée de rester. Ce qui m’arrangeait, au fond. Finalement, je ne faisais que le menacer pour qu’il change et que l’on décide, ensemble, de repartir à zéro. Une semaine plus tard, c’est lui qui m’a quittée. Il voulait avoir le dernier mot. Il m’a finalement rendu service, moi qui étais totalement aveuglée.

La rupture a été terrible. J’ai eu très mal. Pendant trois mois, je suis restée dans mon monde, loin du groupe et de Hamza. Yacine avait besoin de Hamza à ce moment-là. Pas tant pour se faire consoler, mais pour noyer son passé lors de soirées interminables. Hamza me le disait, car Hamza ne pouvait s’empêcher de prendre de mes nouvelles, tandis que je le questionnais sur Yacine. Il ne me cachait rien. Il était simplement bienveillant avec moi, m’envoyait des mots d’encouragements. Un soir, il est venu en bas de chez moi et m’a presque forcée à aller à la salle de sport, moi qui ne bougeais plus (tellement) de chez moi.

“J’ai réalisé que j’aimais beaucoup Hamza”

Voilà comment nous nous sommes rapprochés. Au bout de trois mois à partager des verres, des cours de sport, des cinémas, j’ai commencé à me dire que tout ça devenait louche. Je l’aimais bien, vraiment bien. Bien sûr, je me suis demandé si ce n’était pas un refuge. Si je n’étais pas en train de considérer Hamza comme un pansement, parce qu’il était la personne de mon entourage la plus présente et la plus réconfortante.

J’ai décidé de lui en parler. Nous étions si à l’aise que je ne ressentais aucun blocage à dire les choses comme je les pensais. Nous étions chez lui, à jouer à des jeux vidéo comme deux gamins. Je suis partie et, arrivée en bas de l’immeuble, j’ai appuyée sur le bouton de l’ascenseur pour faire demi-tour. Il a ouvert la porte, a souri et m’a demandé si j’avais oublié quelque chose. “De dire quelque chose“, ai-je rectifié. J’ai tout lâché : cette impression qu’il se passait un truc et la peur que ça me collait. Hamza m’a dit être sur la même longueur d’onde que moi. Mais très rapidement, nous en sommes arrivés à la (triste) conclusion que vis-à-vis de Yacine, ce n’était pas possible. En repartant, un peu mal dans ma peau, j’ai supposé que Hamza imaginait peut-être que je cherchais à me venger. J’ai aussi pensé que Yacine parlait encore de moi, de revenir, que Hamza était au courant et que par respect pour son pote, il dressait une barrière de sécurité entre nous.

“Je ne voulais pas être la sale nana qui sépare deux potes”

De mon côté, Yacine était le véritable frein. J’étais guérie, mais je voulais être droite dans mes bottes. Je ne suis pas le genre de personne qui trahit ou manque de respect. C’était plus une question de pouvoir me regarder dans le miroir sereinement. Je ne cherchais pas tant à protéger Yacine mais à être en accord avec moi-même. Je ne voulais pas être la sale nana qui sépare deux potes.

Hamza se sentait mal. Il me l’a confié dès le lendemain par SMS. Et nous avons parlé, parlé, parlé. De notre envie d’être ensemble et de l’impossibilité à laquelle nous faisions face. A ce moment-là, nous étions sincères. Il n’était plus question de pansement, de vengeance, de relation pas claire. C’était plus clair que jamais. Et plus frustrant que jamais.

J’ai été parlé à Yacine. Je lui ai dit que Hamza et moi étions troublés, qu’il ne s’était rien passé mais que nous envisagions quelque chose. Et que, bien entendu, nous étions mal à l’aise vis-à-vis de lui. Avec recul, c’est comme si je lui avais demandé son autorisation, là où il aurait été plus intelligent de le prévenir, tout simplement. Car Yacine m’a dit que ça le dérangeait. J’ai prévenu Hamza et j’ai pris mes distances.

“En réalisant que Yacine nous menait en bateau, on s’est senti bien cons”

Quelques jours plus tard, Yacine m’a contactée pour me dire qu’il avait réfléchi et que je pouvais bien vivre la vie que je souhaitais. Il ne voulait pas être un obstacle, n’avait pas à l’être. J’ai appelé Hamza, qui ne m’a pas répondu. Pendant deux jours, j’ai attendu de ses nouvelles, jusqu’à ce qu’il réagisse, me propose un verre et me dise que Yacine l’avait contacté pour lui dire de ne plus m’approcher. Yacine se foutait littéralement de nous, jouait le gars triste ou super sympa, dans le seul but de créer un froid entre Hamza et moi. En réalisant que Yacine nous menait en bateau, on s’est sentis bien cons. Et bien plus soudés.

Pour autant, on ne s’est pas sauté l’un sur l’autre. C’était trop prévisible. Pendant un mois, il ne s’est rien passé. On se voyait comme avant, on partageait plein d’activités. Jusqu’à ce soir où nous sommes allés au cinéma et qu’il m’a embrassée. Hamza a fait le premier pas au bon moment.

“Je ne culpabilise pas, j’ai fait les choses bien”

J’ai évité de suivre Hamza aux soirées où Yacine était là, même si ce dernier s’y trouvait avec sa nouvelle nana. Tous les deux se voient un peu moins, de toute façon. Ils sont fondamentalement différents. A l’époque, ils aimaient leurs différences. Hamza riait beaucoup du côté un peu hautain de Yacine, de sa bouille de premier de la classe qui roule des mécaniques. Aujourd’hui, il n’en rit plus. Il a les boules.

Je crois que l’un et l’autre se sont déçus, mais je suis plutôt mal placée pour l’ouvrir. Je laisse la vie faire, je les laisse gérer. Je ne les empêche pas de se voir. Et je tente de ne pas culpabiliser. J’ai fait les choses bien, je n’aurais pas pu faire mieux.

Au sein du groupe, je passe pour la méchante, mais tant pis. Je dois le dire, je suis heureuse avec Hamza. Nous sommes ensemble depuis un an. Finalement, sans Yacine, je n’aurais jamais rencontré Hamza. Donc oui, ça arrive ce genre de choses. Sur le papier, ce n’est pas toujours joli, ça ne paraît pas toujours clean, mais l’amour se trouve parfois sur une drôle de route. La route d’un ex.