Quand Samia a rencontré Reda, elle a surtout rencontré sa femme, Soumaya. Toutes les deux sont devenues de très bonnes copines jusqu’à ce que Reda et Samia tombent sous le charme l’un de l’autre. Cette dernière nous raconte son parcours amoureux.

 

 

J’ai rencontré Soumaya et Reda par l’intermédiaire de ma sœur. Mariés depuis 18 ans et parents de deux ados, ils étaient présents à de nombreuses soirées. Nous vivions tous à Marrakech. J’ai commencé à me rapprocher de Soumaya, qui avait quelques années de plus que moi. Quand ma sœur a quitté la région, c’est Soumaya qui m’appelait et me proposait de venir prendre un café à la maison.

“Soumaya est devenue une très bonne copine”

Elle et Reda tenaient un riad-restaurant à Marrakech. Je passais même à l’improviste et discutais beaucoup avec Soumaya. Nous sommes devenues amies, du moins je pensais au départ que notre relation serait très solide. Finalement, quelque chose m’empêchait d’entrer dans la confidence avec elle, de faire un pas de plus. Elle était plutôt une très bonne copine. Peut-être que je pressentais la suite, peut-être que Reda me plaisait sans que je me l’avoue et que ça me freinait. Mais je crois plutôt que l’attitude de Soumaya, sa manière d’être, de vivre, ne me séduisait pas entièrement pour en faire une proche.

Je la trouvais seule. Il faut dire que Reda s’échappait du boulot dès qu’il le pouvait. Et elle, dès la fermeture du restaurant, elle buvait ses verres de rosé au comptoir. Elle avait un problème avec l’alcool. Ça me touchait, je prenais le temps de parler avec elle, peut-être davantage pour la soutenir. Elle me faisait mal au cœur. Hormis ça, on sortait toutes les deux, on riait bien, on faisait les magasins, ce n’était pas toujours intime, profond, mais cette fille faisait partie de mon quotidien.

“Je me disais que c’était un mec comme ça qu’il me fallait”

Puis mon regard a littéralement changé. Je la voyais passer davantage de temps à boire et traîner qu’à bosser. Et Reda, lui, travaillait comme un dingue. J’observais tous les efforts qu’il faisait pour le riad tandis qu’elle se tournait les pouces. Je me disais que c’était un mec comme ça qu’il me fallait. Pas lui, parce que je ne comptais pas piquer le mec de Sophie. Et puis, je ne voulais pas de lui. Simplement, j’étais sensible à son énergie, sa niaque, sa fiabilité. Des qualités qui me séduisent chez un homme. Son côté plus âgé – il avait la quarantaine – me faisait également de l’œil.

Je crois que j’ai commencé à me poser des questions sur un potentiel rapprochement avec lui quand il m’a dit un soir qu’il appréciait beaucoup ma présence. Puisque Soumaya ne faisait rien (ou la tronche) et que moi j’apportais de la joie de vivre, sa révélation ne m’a pas surprise. Mais elle m’a flattée.

Avec Soumaya, ils parlaient peu, c’est vrai. Du moins, ce n’était que mon point de vue. Je ne vivais pas avec eux. Mais ils semblaient plutôt collègues qu’amoureux. Elle se confiait très peu sur sa relation. Je n’en savais rien. Je crois, finalement qu’elle était triste et qu’elle préférait conserver une certaine façade.

“Tant pis pour elle”

Un soir, on s’est retrouvés tous les deux, avec Reda, à boire un verre sur la terrasse et je ne sais pas ce qu’il m’a pris, j’ai mis mes pieds sur les siens, sous la table. Et là, je me suis dit que je ne voulais plus jamais les enlever. Tant pis pour elle. C’était simplement une grosse claque dans le visage. Peu importe le reste, les conséquences, les complications même. C’était lui que je voulais. Une certitude et un besoin d’y aller. D’autant qu’il ne m’a pas repoussée. Deux heures plus tard, nous nous sommes embrassés. Il me semblait important de résister, et pourtant, j’ai craqué.

Quelques jours plus tard, nous nous sommes revus. Il s’est alors ouvert, m’a dit que leur couple ne fonctionnait plus, qu’il était resté jusqu’ici pour les enfants mais qu’il sentait désormais qu’il ne pouvait plus faire semblant. L’alcool avait fini de creuser le fossé dans leur couple. Il voulait penser à lui. Et je lui plaisais. Il ne l’aimait plus. Bien sûr, c’était plutôt simple d’apparence : toi, pas elle. Mais en réalité, c’était bien plus compliqué, d’une part parce qu’il n’est jamais simple de quitter dix-huit ans de vie commune, d’autre part parce que je connaissais très bien Soumaya.

“Il l’a quittée, mais sans lui avouer pour nous deux”

Nous avons commencé à nous fréquenter “en cachette”. Je me suis promis de ne pas dépasser la limite, celle du rapport sexuel, tant qu’ils étaient ensemble. Nous flirtions, c’est tout. Mais ça n’a pas tenu. Pendant une semaine, on s’est vus en dehors du restaurant. On se faisait des tennis (des vrais !). Un soir, après une raclette chez eux, nous avons décidé de sortir. Soumaya était fatiguée et ne nous a pas suivis. On a alors fini chez moi et avons sauté le pas… Premier câlin et une connexion de dingue.

Reda et Soumaya avaient comme projet de quitter le riad et de prendre un restaurant, lui étant cuisinier. Il l’a quittée deux semaines après notre première fois, à quelques jours de signer le rachat d’une crêperie. Elle était libre de poursuivre l’aventure avec lui, mais cela ne changerait rien à leur relation. Elle a signé en espérant qu’il revienne. Et moi, j’avais les boules. Oui, il venait de la quitter, mais elle allait encore bosser avec lui. Il ne retirait toujours pas son alliance. Il ne voulait pas lui faire de mal et surtout ne pas lui parler de moi. Nous sommes entrés dans une période creuse. Pendant un mois, on se voyait moins tous les deux même si je lisais dans son regard que notre relation n’était pas perdue. C’était une question de temps et aussi de respect pour elle. Un baiser volé par-ci par-là, mais rien de plus.

“Être amoureuse m’a donné la force de continuer”

C’est en plein déménagement – du riad au restaurant – qu’elle nous a surpris en train de nous embrasser. Et ça m’étonne encore. On freinait nos élans et pourtant, il a fallu ce jour-là qu’on se rapproche physiquement. Un signe du destin. Il fallait qu’elle sache.

Elle a voulu discuter avec moi, tout de suite. Elle s’est ruée vers moi et m’a dit, en colère, de partir. Je comprenais, sans culpabiliser : ils n’étaient plus ensemble. Elle faisait complètement l’autruche et refusait de voir la réalité en face. Elle répétait que tout allait bien entre eux, que c’était un léger passage à vide, rien de grave. Elle m’a dit qu’elle ne voulait plus jamais me voir. J’ai alors décidé de me faire discrète. Je n’ai plus mis les pieds au restaurant. Je voyais Reda en dehors. Mais puisqu’ils vivaient tous les deux au-dessus du restaurant (tels des colocataires), elle savait quand il me rejoignait. Elle lui envoyait des texto en lui répétant qu’il foutait tout en l’air. Je ne sais pas comment j’ai géré. Reda culpabilisait et moi non. Je crois que mon amour pour lui, mais aussi l’évidence qui s’imposait à moi, m’aidait à surmonter. Ce n’est pas que j’ignorais ce que traversait Soumaya, mais j’avais conscience que je ne pouvais pas m’ajouter un poids et donc ajouter un poids à notre futur.

Deux mois plus tard, elle est partie à Casablanca rejoindre sa famille. Je la croise de temps à autre par rapport aux enfants. Elle essaie de me parler, de la jouer copine, comme si tout ça n’était que du passé. C’est du passé mais je ne pense pas que l’on puisse entretenir des liens. C’est ainsi. Je ne regrette rien. Reda est heureux, je suis heureuse. Nos vies devaient ainsi se croiser. Je n’aurais jamais pu le rencontrer lui sans la connaître elle.