Le dernier rapport sexuel de Lora, 30 ans ? C’était avec son ex et c’était… loin d’être une erreur. Elle nous raconte pourquoi retomber dans les bras de son passé n’est pas un problème, contrairement à ce que l’on imagine.

Mon dernier rapport sexuel ? C’était avec mon ex. Ce mec avec qui je suis restée quatre ans, avec qui j’étais certaine de me faire ma vie, des enfants, des plans de baraque. Mais l’histoire en a voulu autrement. Désaccords sur désaccords, nous avons fini par en trouver un, d’accord : on n’est plus fait pour vivre ensemble, ça ne colle plus, les bons moments se raréfient pour laisser place à une tension permanente. Lourd, chiant, on avait besoin d’air, besoin d’être seuls. On s’est quitté en laissant la porte ouverte, celle qu’on n’ose pas claquer parce que c’est trop douloureux de le faire, et puis parce que l’amour n’est pas complètement mort, la fusion sexuelle non plus.

Aujourd’hui, ça fait presque trois mois que je suis célibataire. Trois mois, c’est pile l’instant où tu ne t’es pas encore fait à l’idée que tu t’apprêtes à traverser un désert affectif et sexuel, et où le manque pointe le bout de son nez. Malheureusement, je n’ai rencontré personne depuis, puis je ne suis pas du genre à coucher avec un inconnu, j’ai besoin de me sentir aimée pour y arriver, d’avoir traversé sept siècles de jeux de séduction. Alors oui, j’ai déjà eu envie d’un coup d’un soir, déjà pensé à m’inscrire sur une appli de rencontre, déjà dit « ce soir je me lance, tout le monde y arrive, alors pourquoi pas moi » mais impossible de franchir le pas. Cela ne me correspond pas.

« Je n’avais qu’un désir : être blottie contre lui et jouir avec lui, comme avant »

Et puis un soir, gonflée comme une outre par l’alcool, j’ai appelé mon ex et lui ai proposé qu’on se retrouve pour prendre un verre. Je lui ai dit qu’on était samedi soir et que ce samedi soir était étrange, que j’avais envie de le voir. Précédemment et plusieurs fois, j’avais essayé de ne pas succomber même si nous n’avions pas posé le point final de notre relation. Faut dire que le silence s’était installé, et que ce silence me faisait du bien. Il m’aidait à me recentrer, à faire mon deuil, parce que dans le fond je savais très bien que « c’était mieux comme ça ».

Je l’ai fait parce que j’étais nostalgique, parce que j’étais en soirée et que les gens s’aimaient autour de moi et un peu trop près de moi. Je n’avais pas envie de rentrer dormir seule. Je me demandais si coucher avec mon ex était une bonne idée ou une erreur finie. Je me suis demandé si j’étais toujours amoureuse, et où j’en étais sur le chemin de mon chagrin et de ma guérison. Mais c’était bien trop compliqué de faire le point et d’ouvrir un débat avec moi-même alors que je n’avais qu’un désir : être blottie contre lui et jouir avec lui, comme avant, comme à l’époque où plus rien n’existait lorsque nous faisions l’amour.

Lui et moi, on adorait le sexe ensemble, c’était puissant. Il y avait un message d’amour à travers des gestes de tendresse, des sentiments dans nos regards. Quand on faisait l’amour, je me sentais importante à travers chacune de ses caresses. Les préliminaires pouvaient durer des heures et le rapport encore plus. En même temps, nous n’étions pas de grands aventuriers. On faisait l’amour au lit, sans accessoires, sans scénario, rien de très original. C’était simple mais super bon, parce qu’on se connaissait par cœur. Avec le temps, le sexe était certainement le pan de notre relation le plus solide, le plus équilibré. Alors que nous nous effritions sur la fin, notre vie sexuelle se portait à merveille.

« Durant les préliminaires, il donnait toujours autant d’importance à mon plaisir, le moindre petit truc que j’aimais, il me le faisait »

Il a accepté de me voir, tout de suite. Aucune hésitation dans sa voix. On aurait dit que nos trois mois n’étaient rien, qu’on s’était quitté la veille. En même temps, à l’échelle de quatre ans, c’était un peu le cas. Nous nous sommes retrouvés en bas de mon nouvel appartement. C’était un peu bizarre, il ne l’avait pas vu, pas encore, et j’étais presque peinée de lui présenter mon « chez moi ». Un peu de peur me tournait autour. C’était la réalité en plein dans nos visages, même si la réalité, nous en avions pris connaissance depuis de longues semaines.

Je lui ai fait visiter les lieux et nous avons parlé jusqu’à quatre heures du matin. C’était drôle, agréable, nous étions complices, il n’y avait aucun problème, aucune animosité, aucun règlement de compte. Puis forcément, entre le cadre, l’ambiance, et mon incapacité à taire mon envie de lui, je me suis approchée, je l’ai embrassé, il m’a rendu ce baiser. Nous nous sommes embrassés un million de fois. Durant les préliminaires, il donnait toujours autant d’importance à mon plaisir, le moindre petit truc que j’aimais, il me le faisait. Il prêtait attention à tout. Nous étions connectés, nous n’avions perdu aucun réflexe. J’avais la sensation de le retrouver. Ses gestes me donnaient l’impression d’être aimée. Je revivais notre histoire et je dois dire que je m’y sentais bien, dans ce passé et dans ce plaisir partagé.

« Ce rapport sexuel soulève de nouvelles questions mais tant mieux, car nous avons besoin de réponses »

Il a aimé, il me l’a dit, confié. Nous nous sentions bizarres au réveil, un peu secoués. Gueule de bois du sexe, je n’en sais rien. On a voulu en tirer une conclusion. Du genre : trop dur de se séparer ou plutôt trop bête de se séparer étant donnée notre connivence sexuelle. En même temps, nous avons conscience que nos sentiments demeurent, qu’on ne pourra s’oublier, mais que notre relation n’a pas les ressources nécessaires pour reprendre. Ou bien avons-nous besoin de temps ? En trois mois, il n’a rencontré personne non plus. Est-ce parce que nous ne parvenons pas à passer à autre chose, ou parce qu’il est trop tôt ? Ce rapport sexuel soulève de nouvelles questions, mais je ne crois pas que ce soit un souci. Je crois justement que nous n’avions pas de quoi y répondre quand nous avons rompu et qu’il est important de se poser, de dialoguer, de faire le point. Pour enfin, peut-être, apporter une véritable conclusion, poser un véritable point final ou ouvrir davantage cette porte qui n’a jamais claqué… pour de jolies raisons qui sait ? Voilà, c’était mon dernier rapport sexuel.