Schizophrénie : en finir avec les préjugés

Les personnes souffrant de schizophrénie ont-elles réellement une double personnalité ? Entendent-elles des voix ? Les réponses pour démêler le vrai du faux et mieux comprendre cette pathologie.

 

 

Hallucinations, idées délirantes, propos incohérents, perte d’émotivité… Tels sont les principaux signes de la schizophrénie. Perçus comme “étranges” par l’entourage et les proches, ces symptômes engendrent trop souvent, par méconnaissance, une stigmatisation des malades. Isolés, ces derniers sont alors exposés à des complications sévères telles que la toxicomanie, l’alcoolisme, voire à des comportements suicidaires. Mais ce n’est pas une fatalité. En effet, lorsque la maladie est détectée précocement (85% des cas apparaissent entre 15 et 25 ans) et prise en charge via une approche globale (traitement médicamenteux, psychothérapie, soutien de la famille et du personnel soignant), elle peut être soignée ou, du moins, ses symptômes peuvent être stabilisés de façon satisfaisante. En somme, les patients traités peuvent ainsi reprendre une vie dite “normale”.

 

 

 

Schizophrénie : un dédoublement de personnalité ?

 

 

Dans l’imaginaire collectif, la schizophrénie correspond à un dédoublement de la personnalité. Pour mieux comprendre ce qu’est la schizophrénie, détaillons-en les principaux symptômes. Le professeur Nicolas Franck, psychiatre précise que “c’est une maladie mentale chronique d’aspect hétérogène qui associe des symptômes positifs, négatifs et de désorganisation”. Aspect hétérogène signifie que deux patients atteints de schizophrénie pourront exprimer des formes différentes, avec des degrés de gravité plus ou moins importants.

 

En particulier, certains patients vont exprimer très fortement des symptômes positifs et d’autres, au contraire, vont surtout être atteints de troubles de désorganisation.

 

 

Symptômes positifs : le patient souffre d’hallucinations verbales. C’est-à-dire qu’il entend des voix, qui lui semblent bel et bien réelles, dont il arrive à déterminer le timbre, la provenance… Ces voix sont le plus souvent malfaisantes, elles peuvent insulter et menacer le patient, le commander. A partir de ce qu’elles entendent, les personnes peuvent leur donner une interprétation et ainsi donner un sens à tout ce qu’elles vivent, finissant par se constituer un délire.

 

 

C’est complètement réel pour le patient et très dangereux dans la mesure où ça peut le pousser à avoir des réactions imprévues. Ces hallucinations concernent environ 80 % des patients souffrant de schizophrénie. Dans cette maladie, le patient peut également souffrir d’hallucinations cénesthésiques (sensation du mouvement et de la position des différents membres), olfactives, tactiles…

 

Toutes les hallucinations existent. Il n’y a pas un profil type d’expression de la maladie, chaque malade aura une forme de la maladie individualisée. Aux hallucinations peut s’ajouter l’impression que les autres lisent ou dérobent les pensées. Le patient se constitue alors un délire.

 

 

“Le délire de persécution est une stratégie développée par les malades pour tenter de rationaliser la sensation que leurs pensées leur sont dérobées, d’expliquer les voix qu’ils entendent…», explique le spécialiste. Le délire se construit petit à petit, au fur et à mesure que les symptômes de la maladie évoluent. En particulier, les hallucinations verbales sont très mal vécues par les personnes qui en sont victimes. Ajoutée à cela l’impression que les autres lisent et dérobent leur pensées… En somme, les malades vivent leur vie en spectateurs. Les délires schizophréniques peuvent être de plusieurs ordres, hallucinatoires, de persécution (schizophrénie paranoïde) : le sujet se croit en butte à l’hostilité d’une ou plusieurs personnes cherchant à lui nuire, mégalomaniaques (il se croit doté de capacités extraordinaires), mystiques. Inutile de tenter de dissuader le malade, de le persuader que tout n’est que le fruit de son imagination car c’est sa réalité à lui. Une réalité subjective, certes, mais sa propre réalité.

 

 

Symptômes négatifs : ce sont des traits de comportements qui se “soustraient” à un comportement normal. La personne souffrant de symptômes négatifs ne prend pas d’initiatives, s’ennuie perpétuellement, ne présente aucune envie particulière… “C’est une sorte de dépression sans réelle tristesse, note le Pr Franck. C’est un peu comme si la personne présentait un déficit émotionnel.”

 

 

Désorganisation : elle se caractérise par l’impossibilité chez les malades de coordonner leurs actions, leurs pensées. Ils peuvent tenir un discours totalement incohérent, voire employer des mots qui n’existent pas.

 

 

Ainsi, ce n’est pas d’un dédoublement de la personnalité dont souffrent les personnes atteintes de schizophrénie, mais bien d’un clivage de leur personnalité.

 

Schizophrènes : sont-ils dangereux ?

 

 

Dans la mesure où les personnes souffrant de schizophrénie peuvent être sujettes aux hallucinations verbales, il est certain que leur comportement peut être déroutant d’une part, mais surtout potentiellement dangereux, tant pour eux que pour leur entourage. Mais c’est surtout pour eux-mêmes qu’ils peuvent l’être. Comme le confirme le Pr Franck* : “Il est souvent très difficile pour la famille de faire face aux problèmes comportementaux de l’un des leurs. Par ailleurs, la schizophrénie souffre d’une mauvaise image et la maladie du patient est alors taboue. De ce fait, l’accès aux soins des malades est bien souvent tardif. C’est d’ailleurs pour cela que les cas de suicides sont très fréquents chez les personnes souffrant de schizophrénie”.

 

 

Lorsqu’il y a passage à l’acte sur autrui, ce qui reste tout de même assez rare, le malade a une motivation bien précise et le fait le plus souvent par erreur. Par exemple, il lui est possible de penser que l’un de ses proches a été remplacé par un sosie ou qu’il a des idées malfaisantes à son égard. Ce n’est pas une généralité, ces cas sont assez rares, et il n’est pas utile de s’inquiéter plus que de raison. “Il est très important que les proches ne soient pas dans le déni, qu’ils maintiennent le dialogue avec le malade, qu’ils l’amènent à consulter… Même s’il est difficile pour eux d’admettre que l’un des leurs est atteint de schizophrénie.”

 

 

 

Pour améliorer la vie du patient et l’aider à surmonter ses troubles, il est nécessaire de consulter au plus vite. “Comme dans bien des cas, plus la prise en charge est précoce, plus le traitement est efficace. Le délire, en particulier, est réversible, il est possible d’améliorer la vie du patient”, ajoute le Pr Franck. En cas de danger imminent pour lui ou un tiers, il faut absolument appeler les secours.

 

 

Quelles sont les causes de la schizophrénie ?

 

 

La maladie est en partie d’origine héréditaire. Mais en partie seulement, on estime que les causes génétiques participent à 50 % au développement de la maladie. Par exemple, si l’un des deux parents est schizophrène, l’enfant a 15% de risques de l’être aussi. “Mais nous ne disposons pas à l’heure actuelle de marqueurs génétiques bien précis qui nous permettraient de faire des dépistages prénataux et ainsi de soigner la maladie le plus précocement possible”, modère le Pr Franck. Parmi les autres causes reconnues de la schizophrénie, les facteurs environnementaux et personnels jouent également un rôle prépondérant. En particulier, le stress psychologique, les substances toxiques et surtout le cannabis semblent avoir un effet délétère.

 

 

Par ailleurs, le vécu du patient joue un rôle prédominant. Le professeur Franck précise que “les personnalités fragiles peuvent être plus sensibles à l’ensemble de facteurs de risque pour développer la maladie”. En ce qui concerne l’épidémiologie de la maladie, elle touche autant les hommes que les femmes. La seule différence se situe autour de l’âge d’apparition de la maladie. Les hommes la développent généralement autour de 18 ans tandis que chez les femmes, c’est aux environs de 25 ans.