En 2019, nous avons décidé d’interroger des femmes, comme vous, comme moi, afin qu’elles nous racontent leur dernier rapport sexuel. Pour Amal, 29 ans, c’était un coup d’un soir, le 21 novembre vers minuit. Et ça s’est passé comme ça…

Le dernier rapport sexuel de Amal, 29 ans. Le 21 novembre 2018 à minuit. A l’époque, pour coucher en mode « coup d’un soir », je n’avais besoin que d’un mec beau. S’il était bête, pas intéressant, c’était presque préférable : aucune chance d’en attendre plus ou de m’attacher. Mais j’ai fini par en avoir marre, marre des histoires sans lendemain, un peu creuses, qui ne m’apportaient rien. Je me suis dit que quitte à vivre des one shots, autant le faire avec des mecs qui me plaisent un minimum, au-delà de leur physique. Quant au risque de m’énamourer ? Il me paraissait soudainement secondaire. Tomber amoureuse, ce n’est pas bien grave, et si des sentiments naissaient, je n’aurais qu’à me laisser porter et tenter de transformer ce coup d’un soir en coup d’une vie. Bref, c’était ma bonne résolution.

Et puis j’ai rencontré Ismail, barman, mignon. En plus d’un sourire à tomber, il était gentil et attentionné. Le souci, c’est qu’il avait la maturité d’un mec de 17 ans. Dommage, parce qu’il en avait dix de plus. Avec lui, les conversations ne volaient pas très haut… Une amie m’a même dit qu’il avait un côté TPMP, du genre chroniqueur pas futé chez Cyril Hanouna… Fidèle à mes nouveaux principes, j’ai préféré l’écarter de « mes plans ». Mais pendant des mois, et je ne sais pour quelle raison, ou quelles raisons, Ismail m’a couru après.

Il me proposait régulièrement qu’on se voie. Je disais non. Mais il m’arrivait, je dois avouer, de lui envoyer des messages pour l’inviter à me rejoindre chez moi, quand je ne rencontrais personne en soirée et que ça me désespérait. Le temps qu’il finisse son service, je m’endormais. Parfois, je tombais dans les bras de Morphée juste au moment où il me demandait mon adresse, prêt à sauter dans un taxi. Le truc, c’est que j’allais vers lui par solitude. En plein de coup de mou, rien de plus tentant que de le contacter. Mais quand la réalité me sautait aux yeux, quand enfin c’était possible et concret, je faisais marche arrière. Mon désir s’éteignait pour laisser place à la fatigue… parce que dans le fond, je n’avais pas envie de coucher avec lui. J’imaginais tellement le genre de gars qu’il devait être au lit : trois minutes et basta.

Je voulais des bras qui m’entourent, une parenthèse de réconfort

En tout, j’ai dû lui mettre une bonne dizaine de vents. Mais lui, il persévérait, retentait régulièrement sa chance. Chose que j’avais du mal à comprendre : un barman mignon comme lui devait avoir mille occasions de s’envoyer en l’air.

En novembre dernier, la vie n’était pas cool avec moi. J’étais au bout du rouleau. Professionnellement et amicalement, je me sentais utilisée et prise pour une imbécile. J’avais besoin d’un bon câlin. Sans parler de la grisaille hivernale, capable de faire voler en éclat mes nouvelles bonnes résolutions…

Un soir de pluie, donc, je croise Ismail dans son bar, et lui, toujours à fond, me propose un rendez-vous. Je soupire. C’est non. C’est non jusqu’à ce que je rentre chez moi, vers minuit, et que je découvre un SMS de lui qui en remet une couche. Je succombe. C’est le moment, je veux des bras qui m’entourent, juste une parenthèse de réconfort, une main dans mes cheveux. Je lui donne mon adresse sans m’endormir cette fois.

Les préliminaires ont duré deux minutes à tout casser

Entre le moment où je lui envoie mon adresse et le moment où il débarque, il se passe bien trente minutes, et trente minutes c’est suffisant pour réaliser qu’on fait une connerie, que oui on a besoin d’un câlin, besoin d’être rassurée, mais qu’on ne trouvera aucun réconfort dans les bras d’un mec TPMP.

Toujours étant qu’il arrive, qu’on ne prend pas vraiment le temps de parler, pourquoi s’encombrer d’un bla-bla inutile après des mois de chasse. Il m’embrasse, et là, tout devient mécanique. Le rapport n’est ni agréable, ni désagréable. Je n’ai pas le temps de me poser la question, ça va très vite. On zappe les préliminaires, du moins ils durent deux minutes à tout casser, ce qui me convient plutôt bien, j’ai toujours considéré que les préliminaires étaient quelque chose d’intime, qu’on ne partage pas comme ça. J’étais juste contente d’être désirée. Sur l’instant, ça regonfle l’ego, et le contact physique, ça fait du bien. 

Mon plaisir et mon orgasme l’importaient peu

Du coup, ce qui devait arriver arriva. Trois minutes en missionnaire pendant lesquelles, d’accord, j’arrive à me dire que ce n’est pas si mal, je suis presque à deux doigts de sentir le plaisir monter mais comme dans ma prémonition le mec est en mode lapin, j’ai droit à une succession de va-et-vient… Il finit très vite. Mon plaisir et mon orgasme l’importent peu. Il me dit tout de même : « Tu veux un massage ? », un peu pour faire son gentleman, je pense. Je dis oui pour lui donner une chance, mais trente secondes plus tard, c’est plié, il cherche son caleçon en disant : « Punaise, mais à chaque fois je perds mon caleçon ». Sérieux pourquoi les mecs se sentent-ils obligés de nous prouver qu’ils font du sexe tous les trois jours ? Nous, les filles, on ne dit pas « Ouais, t’inquiète, tous les mecs galèrent à enlever ce soutif-là ». Pourtant c’est vrai.

Voilà comme je termine nue et seule dans mon lit. Le vide en moi et cette petite voix qui me répète que j’aurais dû m’écouter, ne pas foncer tête baissée, et en même temps, ne me suis-je pas écoutée en acceptant qu’il vienne, moi qui ressentais le besoin de partager un moment de tendresse avec quelqu’un ? Je n’en sais rien. C’était mon dernier rapport.