Laila a 31 ans. Après une histoire de cinq ans, elle rencontre Amine au travail, le nouveau stagiaire. Freinée par leur différence d’âge, la jeune femme tente de se raisonner. Mais l’amour la rattrape. Confidences.

Dans notre boîte, les stagiaires sont des électrons libres et sont accompagnés par plusieurs personnes. Amine a été embauché en plein été, j’étais occupée à droite à gauche parce que les effectifs étaient réduits. Je n’ai pas participé à son recrutement et j’ai dû lui adresser la parole pour la première fois trois semaines après son arrivée.

La première fois, donc, j’ai été le voir afin d’obtenir des renseignements sur une mission qu’un collègue lui avait donnée à faire. Il n’a pas su me répondre sans bégayer, subjugué par mon immense beauté. Ça, c’est lui qui le romance aujourd’hui. Moi, je n’ai juste pas bien compris ce qu’il m’expliquait, alors j’ai sûrement froncé les sourcils avant de dire “OK”. Ensuite, je suis partie en vacances trois semaines avec mon mec, avec qui j’étais depuis six ans. Petite précision, pas des moindres : mon mec bossait avec moi, au même endroit. Ça n’allait pas très bien dans notre couple. Enfin, si, ça allait bien, simplement on ne s’aimait plus comme un couple doit s’aimer. Bref, les vacances étaient très bien (tout de même), je suis rentrée avec un beau bronzage et des questions sur une potentielle rupture et la vie a repris comme avant.

“C’est d’abord la différence d’âge, et donc d’expériences, qui m’a freinée”

Quelques semaines plus tard, mon mec et moi avons rompu. C’était à la fois doux et douloureux. Ensemble, nous avons fait le constat qu’on ne s’aimait plus et depuis trop longtemps pour que ça se rattrape. Je suis partie avec mes cartons de fringues habiter chez une copine.

Mon intérêt pour Amine est né le jour où il m’a envoyé une chanson de rap. Il m’avait entendue parler de mes préférences musicales à la cantine. Il a visé juste. Jusqu’ici, je ne lui prêtais pas vraiment attention. Après ça, nous avons commencé à discuter de tout, de rien, et puis de plus en plus.

Je suis une “fille aux relations longues” et toutes mes histoires ont démarré sur un feeling. Ça fait cucul la praline de dire ça, mais je crois au truc de l’alchimie. Et là, avec Amine, j’ai su qu’il y en avait une. Pourtant, je faisais tout pour me convaincre du contraire. Parce que c’était mon stagiaire, parce que je venais à peine de me séparer, et parce qu’il avait trois ans de moins que moi, soit une année de moins que mon petit frère, même si, plus que l’âge en lui-même, c’était la différence d’expériences dans nos vies qui me freinait.

Tout était réuni pour que ça ressemble à une mauvaise idée. D’ailleurs, quand j’en parlais avec mes copines, leurs conseils étaient “ne fais pas ça” mais surtout “ne lui fais rien espérer“. Mais je ne sais pas pourquoi, au fond de moi, un truc me disait que ça valait le coup quand même. Alors j’ai continué d’échanger avec Amine. D’abord sur Messenger. Et là, j’ai eu une réaction assez marrante. J’ai pensé : “Non mais se parler sur Messenger, c’est vraiment un truc de jeunes.” Donc pour lui montrer que je n’étais pas si jeune que ça, j’ai essayé d’imposer le texto. Évidemment, on ne disait rien à personne de ces échanges. Echanges de blagues, d’avis sur l’actualité, le monde, le reste. J’étais charmée, toujours plus. Un jeu de séduction s’installait clairement.

On mettait la luminosité de nos écrans au minimum, pour que nos collègues ne voient pas à qui on était en train d’écrire. On faisait comme si on ne se connaissait pas plus que ça. Quand il entrait dans mon open space, il y avait un peu de gêne mais pas trop. En tout cas, c’était dilué dans ma réputation de cheffe qui fait peur aux nouveaux (il paraît, du moins).

“Pour se dire bonjour, on se faisait la bise, on en riait après”

Cette période était assez excitante, en fait. L’amour, ça a toujours l’air plus vivant quand ça reste dans une bulle. On se donnait rendez-vous dans des cages d’escaliers ou des recoins de rue pas très loin du bureau. On était un peu hors du temps et de l’espace. On arrivait à des soirées avec des dizaines de minutes d’écart pour ne pas éveiller les soupçons et on ne se parlait quasiment pas. On s’observait juste. Pour se dire bonjour, on était obligé de se faire la bise. Parfois, il me tapait carrément sur l’épaule en me souhaitant un bon week-end. Je me souviens aussi d’une collègue qui n’arrêtait pas de le chauffer, en ondulant devant lui, alors que j’étais juste à côté. Ça nous faisait rire. Rire de nous cacher, de “savoir” que nous avions envie de quelque chose, sans l’afficher.

Puis, on a commencé à se voir en dehors. Deuxième réaction marrante, à ce moment-là : je n’osais jamais lui proposer de faire des trucs, aller au resto, au cinéma, parce que je me disais qu’avec son salaire de stagiaire, il ne pouvait pas se le permettre. Je n’avais pas envie d’avoir le rôle de la vieille qui paie tout à son gogo, en gros. Une fois, je lui ai même demandé : “Mais t’es déjà allé au restaurant ?“. Il avait 26 ans à l’époque, il m’a donc évidemment répondu “oui“. Toujours étant qu’il y a eu plusieurs dates pendant lesquels on a fait que marcher. Une nuit, on a parcouru Rabat dans tous les sens, presque 10 kilomètres… Avec le recul, c’est beau mais un peu ridicule. Aucun de nous deux n’a eu l’idée de se poser dans un restaurant, ce que font les gens normaux.

“Il a dit au chauffeur privé : je viens d’embrasser ma cheffe”

Il ne savait pas vraiment comment aborder la chose. D’après ce qu’il dit, je suis “la fille qu’il a toujours cherchée, physiquement et mentalement“. Il ne pensait juste pas que cette fille serait sa supérieure hiérarchique. Mais bon, il était plus “libre” que moi. Il venait d’arriver dans la boîte, il ne connaissait personne autant que moi, il s’en foutait. C’est plus compliqué moralement pour celui qui est au-dessus hiérarchiquement, quand même. Ça peut potentiellement être plus lourd de conséquences. Et lui ne venait pas de se séparer : sentimentalement, il était plus léger. Il savait que mon histoire d’amour était terminée et qui était mon ex. Il attendait que je sois prête, même s’il ne pouvait pas vraiment deviner où j’en étais, malgré tous les signaux.

Naturellement, et parce qu’il y avait moins de blocages de son côté, c’est lui qui a fait le “premier pas“. Mais j’ai forcé ce premier pas. J’étais dans un McDo avec mes copines, les mêmes qui me déconseillaient de foncer. Cependant, elles étaient curieuses. Elles voyaient combien ce mec me plaisait. Elles m’ont dit de l’inviter à passer. Alors j’ai écrit à Amine, il m’a demandé de lui envoyer “ma position“, encore un truc de jeune. Il a débarqué, s’est ruiné en commandant un menu, puis nous avons enchaîné avec un concert. Là-bas, j’ai perdu mes copines de vue et Amine m’a embrassée. Nous sommes rentrés séparément. Il a dit à son chauffeur privé : “Je viens d’embrasser ma cheffe.

“Il vit toujours dans une chambre étudiante”

La première fois que nous avons dormi ensemble, j’avais un peu bu et c’était chez lui. Il vit dans un studio de 17 m2 au 6e étage. Je l’avoue, quand je suis entrée, je me suis dit “putain, j’ai bientôt 30 ans et j’ai mis un terme à une relation de six ans pour me retrouver avec un mec qui vit dans une chambre étudiante“. Mais finalement, ça s’est bien passé.

Quand son stage a pris fin, il a été appelé pour bosser ailleurs. Ce n’est pas pour ça qu’on a dit aux autres qu’on se voyait en dehors, je voulais attendre d’être sûre que ce soit un truc qui dure un peu. Mais ça a simplifié pas mal de choses. Et puis, finalement, quand j’ai commencé à l’annoncer, il y a eu deux réactions : “Je ne sais pas pourquoi, j’en étais sûr(e)” et “C’est vraiment cool“. Que du positif. Bien entendu, une des premières personnes à qui je l’ai dit a été mon ex. Je ne voulais pas qu’il l’apprenne par quelqu’un d’autre. Il l’a très bien pris, m’a répondu qu’Amine avait vraiment l’air d’être un mec bien, avant d’enchaîner avec un “Je ne sais pas pourquoi je te dis ça, ça devrait m’énerver“.

Aujourd’hui, ça fait deux ans qu’on est ensemble et ça se passe merveilleusement bien. Je ne sens aucune différence d’âge ou de génération. On habite toujours chacun chez soi. Après ma rupture et mon passage chez une copine, je voulais me retrouver un peu toute seule. Et puis, finalement, c’est bien comme ça. Lui est toujours dans sa “chambre étudiante“. C’est toujours sportif pour y monter, mais une fois en haut, c’est confortable. Et ça entretient le souvenir.