Inspirantes, braves, fines stratèges… Ces femmes ont marqué l’histoire du Maroc et du grand Maghreb. Portraits.

Nous commençons cette série par celle que l’on considère comme l’ancêtre originelle des Touaregs, Tin Hinan, reine de ceux installé à Hoggar, massif montagneux en Algérie. Bien qu’elle ait marqué d’une trace indélébile l’histoire du pays voisin, c’est au Maroc, à Tafilalt plus précisément, où elle naît, que les mythes et légendes entourant sa vie débutent.

«Tin-Hinan est arrivée dans l’Ahaggar en provenance du Tafilalet, au Maroc, à dos de chameau, accompagnée de sa servante Takammat», écrit Dida Badi dans « Tin Hinan : un modèle structural de la société touarègue » (Etudes et Documents Berbères, 12, 1994).

Sa vie n’est que mystères et énigmes pour les historiens. Les diverses péripéties n’ont été transmises qu’à travers la tradition orale. Bien des siècles plus tard, «un mausolée royal» a été découvert. Les Touaregs de la région le désignent sous le nom de Tombeau de Tin Hinan, note F.Z Mataoui, dans « Le trésor de Tin Hinan Abalessa« .

Le mausolée se trouve sur la rive gauche de l’oued Tifirt à proximité de l’oasis d’Abalessa dans le Hoggar. Les techniques modernes éclaireront les zones d’ombres sur le mode de vie de cette reine, qui a su ériger une société matriarcale.

La prochaine figure féminine à laquelle nous nous intéresserons est la caïda Chamsi Az-Ziwawiya, ayant dirigé durant des années sa tribu. L’historienne Maroco-canadienne Osire Glacier en fait le portrait ainsi : «Chamsi az-Ziwawiya régnait sur les Bani Yznaten, à Ziwawa, dans le Rif actuel. Elle ne s’était pas soumise au sultan, préservant ainsi l’autonomie de sa tribu».

Fine stratège, Chamsi Az-Ziwawiya, qui a gouverné durant la première partie du 14ème siècle, a mené de longues batailles pour préserver les siens des convoitises des tribus voisines.

Si même de nos jours, son pouvoir semble remarquable, à cette époque cela relevait de l’impossible. «La caïda Chamsi Az-Ziwawiya fait partie des figures féminines passées qui ne peuvent qu’intriguer l’historien d’aujourd’hui. En effet, celle-ci a réussi à devenir caïda à une époque où les femmes sont considérées comme inaptes à jouer un quelconque rôle politiques à cause de leur soi-disant candeur et leur émotivité», écrit Osire Glacier dans « Femmes politiques au Maroc d’hier à aujourd’hui: La résistance et le pouvoir au féminin ».

Sayyida al-Hurra n’est plus à présenter. Elle a été régente de Tétouan de 1515 à 1542. Autoritaire, elle était crainte par tous, faisant de Tétouan une véritable forteresse et étandant son pouvoir jusqu’en mer où elle était également chef de pirates du nord-ouest de la Méditerranée.

Mais ce n’est pas tout, Sayyida al-Hurra, issue d’un mariage mixte, maitrisait tout autant l’arabe que l’espagnol. Son enfance ne fera que forger la légende qu’elle deviendra, en étudiant auprès des meilleurs professeurs du pays, note Osier Gossier dans son ouvrage. «Cependant, en plus de cette éducation, al Horra a été initiée à la pratique de la politique alors qu’elle avait à peine dix-huit ans», après avoir épousé le sultan de Tétouan, al Mandari XI.

«Et contrairement à ce que voudraient les stéréotypes de genre, des deux conjoints, c’est al-Horra qui mène la scène politique et la guerre contre les envahisseurs étrangers avec une dureté implacable. D’ailleurs, c’est en vain que son conjoint l’implore à plusieurs reprises de se radoucir pendant que Don Alfonso de Noronha, gouverneur de Ceuta, déplore à maintes fois sa prédisposition à la guerre. Cette dureté lui vaut de nos jours l’épithète de «la Dame de fer du monde arabe-musulman»», note Glacier.

Al-Hurra gouvernera seule, après le décès du sultan en 1518. Elle se consacrera alors à bâtir son empire sur mer, en établissant des alliances avec d’autres pirates, notamment le corsaire ottoman Kheir ad-Din. Elle saura faire plier ces puissances étrangères et finira par signer des accords bilatéraux avec les Espagnols et les Portugais. Une vingtaine d’années après la mort de son premier mari, Sayyida al-Hurra épouse le sultan du Maroc, Ahmad al-Ouatassi. Un mariage qui leur permettra de consolider leur force dans un Maroc où dynastie rivales se livraient aux émulations. Sayyida al-Hurra continuera jusqu’à sa mort à gouverner sur Tétouan.

Dans le Meknès du XVIII siècle, une femme brisera tous les codes. De sultane à ambassadrice Khnata bent Bakkar a occupé plusieurs postes d’influences, bien qu’elle n’ait jamais été proclamée reine. Elle épousa le sultan Moulay Ismaïl, dont elle était aussi conseillère.

«Après le décès de ce dernier, et compte tenu de l’accession de son fils en bas âge au trône, elle a dirigé le Maroc pendant 16 ans en tant que régente. Durant sa carrière de 66 ans, elle a géré avec succès de nombreuses crises qui auraient pu coûter au pays son intégrité politique et territoriale», souligne l’historienne Osire Glacier.

Surnommée «la magicienne», Zaynab al-Nafzawiyya, a écrit l’histoire, en étant l’une des femmes politiques les plus puissantes. Née en 1039 à Aghmat, non loin de Marrakech, Zaynab épousa Youssef ben Tachfine premier sultan de la dynastie des Almoravides.

Elle sera tout comme Khnata bent Bakkar, conseillère de son époux, en allant jusqu’à l’aiguiller pour certains choix cruciaux pour l’avenir du pays. D’ailleurs on doit à Zaynab al-Nafzawiyya les plans de la ville de Marrakech qui seront validés par son époux.

Zaynab al-Nafzawiyya sera «reine de l’empire almoravide (1055-1147), l’un des plus grands empires de l’histoire du Maghreb, puisqu’il s’étendait du Sénégal jusqu’en Espagne, et de l’Atlantique jusqu’au-delà d’Alger», souligne Osire Glacier dans « La trace des femmes dans l’histoire du Maroc« .