Depuis 40 ans, l’Iran est gouverné par les extrémistes religieux et les femmes sont contraintes de vivre dans l’ombre et les interdits. Le 11 février, jour férié dans le pays, marque la victoire de l’ayatollah Khomeini et la chute du dernier shah d’Iran, renversé par un peuple affamé : le début d’une époque sombre au pays de Shéhérazade.

 

Il y a 40 ans, la Révolution islamique a recroquevillé le pays sur lui-même et freiné avancées sociales et évolution de la condition féminine. Le dernier shah d’Iran Mohamed Reza de la dynastie des Pahlavi s’est exilé pour laisser place à l’ayatollah Rouhollah Khomeini. Un événement qui a marqué à l’encre indélébile des générations d’Iraniens, sonné le glas de la prospérité de l’héritage perse… et de la libération des moeurs. Levons le voile sur la condition des femmes.

Révolution islamique : quel avenir pour la femme iranienne ?

Les femmes, empêchées de quitter le pays, sont certainement les plus à plaindre, dans cette société patriarcale où règnent de fortes inégalités. Avant la Révolution, les Iraniennes étaient, comme en Égypte, presque aussi libres qu’en Occident : elles marchaient fièrement, vêtues de jupes et de robes courtes et laissaient leur chevelure flotter au vent. En effet, le monarque Reza Pahlavi se prononçait plutôt en faveur des droits des femmes et de l’occidentalisation de la société, préférant la grandeur de la Perse pré-islamique plutôt que l’Iran chiite de son époque. Aujourd’hui, les Iraniennes ne peuvent rien faire sans l’autorisation d’un homme de leur famille, sont légalement considérées comme inférieures aux individus de la gent masculine et sont obligées de cacher leurs cheveux.
Unique évolution dans le bon sens : l’accès à l’éducation. “A l’époque du shah, il n’y avait que 175 000 étudiants dans les universités iraniennes, dont seulement 30 % de femmes. Aujourd’hui, il y a plus de 4,5 millions d’étudiants, dont une majorité de femmes”, affirme Azadeh Kian, professeure en sociologie politique et spécialiste de l’Iran à France 24.

Bien qu’éduquée et ouverte sur le monde, la jeunesse iranienne n’en reste pas moins miséreuse. Pour survivre, les jeunes travailleurs doivent souvent cumuler plusieurs boulots. Dans ce pays où les femmes sont forcées de se grimer en homme pour assister à un match de football et où le port du voile est obligatoire dans les lieux publics depuis 1979, même les hobbys sont contrôlés par le gouvernement. Facebook, Youtube, Instagram, Google : les géants américains ont tous un équivalent iranien qui a reçu la bénédiction des religieux. (Soulignons que les Etats-Unis ont mis le pays sous embargo, interdisant les entreprises US et le moindre flux en dollars).

Révolution islamique : vers une émancipation de la femme ?

Fin 2017, de nombreuses manifestations dans les rues de Téhéran, la capitale, secouent le pays. Les femmes désirent se délivrer des lois dictées par les mollahs chiites, tandis que les hommes descendent dans les rues pour gronder contre la cherté de la vie. En réponse, le président Rohani a assoupli la loi qui pèse contre les citoyennes “mal voilées” en affirmant que “ceux qui ne respectent pas les codes islamiques ne seront plus placés en centres de détention et n’auront pas de casier judiciaire”. Autre avancée en matière de liberté individuelle : désormais, les Iraniennes ne sont plus vêtues de noir des pieds à la tête, comme ce fut le cas il y a 40 ans, mais sont libres de s’habiller de manière occidentale et colorée. “Avant, on ne pouvait même pas monter dans une voiture avec un ami”, rappelle une jeune étudiante au site d’information i24News. “Les femmes obtiennent leurs droits peu à peu, mais pour l’instant, il n’y a pas de mouvement féministe”, déplore Ferechte Sadeghi, journaliste iranienne, à i24.

Bien que modéré, Hassan Rohani, réélu en 2017, n’a aucun réel contrôle sur le pays. Ce sont les religieux qui dirigent d’une main de fer “la manne financière, le pouvoir judiciaire et le pouvoir sécuritaire” en Iran, confie Hasni Abidi, spécialiste du Moyen-Orient à France Culture. L’Iran, pays où régnait jadis l’une des plus grandes civilisations du monde, fait désormais figure de patrie arriérée, mise à mal par des politiciens à l’esprit obtus et partisans d’une politique de terreur.
D’après Amnesty International, 112 militantes des droits de l’hommes ont été arrêtées ou mises en prison en 2018, à l’instar de Nasrin Sotoudeh. Cette avocate des droits de l’homme a écopé de 5 ans de prison pour avoir défendu des militantes qui remettaient en cause le port du voile.