L’art martial du kajukenbo, l’arme des Koweïtiennes contre les agressions

Asma Hasnaoui et sa fille Riham s’entraînent 12 heures par semaine au kajukenbo, un art martial mixte considéré comme une arme secrète par de plus en plus de Koweïtiennes contre les agressions de tous types.

Asma Hasnaoui et sa fille Riham s’entraînent 12 heures par semaine au kajukenbo, un art martial mixte considéré comme une arme secrète par de plus en plus de Koweïtiennes contre les agressions de tous types.

Dans une petite salle de la ville de Koweït aux murs rouges, des femmes et des jeunes filles en uniforme noir, certaines portant un foulard, d’autres non, s’échinent à maîtriser les bases de cette technique d’autodéfense sur un vaste tapis de sol bleu. Leurs uniformes sont frappés d’écussons figurant les drapeaux du Koweït et de l’État américain d’Hawaï, où cet art martial est né dans les années 1940.

Le kajukenbo mêle plusieurs sports de combat comme le karaté, le judo et la boxe.

« J’ai d’abord voulu explorer ce sport et j’ai continué à le pratiquer pour pouvoir me défendre », dit à l’AFP Mme Hasnaoui, 33 ans, entourée de sa fille et d’autres élèves. Elle explique avoir subi des intimidations de ses camarades d’école lorsqu’elle était enfant et affirme que sa fille vit aujourd’hui la même expérience.

Riham, âgée de 12 ans, a « beaucoup changé » depuis qu’elle pratique le kajukenbo, selon sa mère. « Elle est transformée. A l’école, elle se mettait en colère et s’énervait rapidement si quelqu’un la contrariait », confie Mme Hasnaoui, avant d’ajouter: « Maintenant, elle gère ces situations avec calme ».

« Force et honneur » –

Dans la salle rouge et noire du club, une affiche montrant deux hommes en train de pratiquer cet art martial orne le mur. « Le kajukenbo enseigne à votre enfant les méthodes de l’autodéfense », y lit-on. Les uniformes des jeunes filles sont parés des devises « Force et honneur » et « Guerriers de rue ».

L’instructeur et propriétaire de la salle, Fayçal al-Gharib, explique, avec l’aide de son fils, comment contrer une attaque. Les jeunes filles exécutent ensuite l’exercice à deux.

Dans un autre cas, le fils de l’instructeur simule une attaque avec un couteau en bois contre l’une des élèves les plus expérimentées, qui a le grade de ceinture noire. « Je fais semblant de me rendre. Et puis j’attrape sa main, le pousse vers le bas et le plaque » au sol, explique-t-elle devant les autres élèves.

Plus de 120 Koweïtiennes de 4 à 50 ans sont formées au kajukenbo dans ce club aux salles décorées d’armes anciennes et de vielles épées, qui ouvre ses portes aux femmes le lundi, le mercredi et le samedi.

Le club accueille aussi des hommes et des garçons, trois autres jours de la semaine (mardi, jeudi, dimanche). Ils sont 40 à y pratiquer le kajukenbo.

Oum Saleh affirme que ce sport a aidé ses jumelles de 13 ans à devenir plus indépendantes et à s’affirmer. « Ca leur a permis de se concentrer sur autre chose que les réseaux sociaux « , dit-elle.

Confiance en soi

M. Gharib a créé son club en 2014 après avoir appris le kajukenbo aux Etats-Unis. « Nous nous concentrons sur les techniques d’autodéfense et mettons les filles dans des conditions similaires à celles de la rue afin qu’elles apprennent à prévoir avec exactitude les coups » lors d’une agression, explique-t-il.

De nombreuses femmes viennent s’entraîner après avoir été agressées et le club a une politique de confidentialité stricte les concernant. Il compte parmi les dizaines de clubs qui ont ouvert au Koweït, où le kajukenbo a gagné en popularité alors qu’il reste relativement peu connu dans les autres pays du Golfe.

« En adoptant cet art martial, les filles ont plus confiance en elles », abonde Fai al-Fahed, une instructrice.

Il n’existe pas de données récentes au Koweït sur les cas de violences contre les femmes.

Selon une étude publiée en 2010, une femme est agressée chaque heure dans le pays, indique Ghada al-Ghanem, employée de l’Association culturelle et sociale des femmes (WCSS), qui vient en aide à des femmes maltraitées. Mais selon elle, le chiffre serait toutefois plus important.

Khalida Bachir est l’une des nombreuses adeptes du kajukenbo, qu’elle a commencé à pratiquer après avoir regardé des vidéos. Pour elle, ce sport a été une révélation et l’a « changée ». Avant, « j’avais peur de tout », dit-elle à l’AFP. « Je suis devenue plus confiante et plus patiente. Certains disent que c’est un sport d’homme, mais ce n’est pas vrai. »