Depuis le 7 octobre, la galerie d’art casablancaise nous invite à explorer notre rapport à l’intime et au temps sur fond de nature, à travers les œuvres de trois artistes africaines contemporaines. Plongée au cœur de l’art textile, déployé sous une pluralité de formes.

 

Initiée avant le confinement, l’exposition « Le jardin en soi » se positionne comme une première dans la valorisation de la création textile au Maroc et en Afrique. Dédiée de manière exclusive à ce matériel, elle se décline sous une multitude d’œuvres, tour à tour crochetées, tissées ou brodées, de soie ou de laine, imaginées par trois artistes différentes : Amina Agueznay (Maroc), Joana Choumali (Côte d’Ivoire) et Ghizlane Sahli (Maroc). Une exposition inédite qui explore la part secrète de tout un chacun en même temps que notre rapport physique inévitable et quotidien au textile, comme la « couche qui nous sépare du monde extérieur ».

État de nature

Sous le titre Le jardin en soi, cette exposition nous invite à explorer notre rapport à l’intime et notre rapport au temps, dans un lien omniprésent avec la nature. Qu’il s’agisse du jardin intérieur, de jardin d’Eden, du jardin de pierreries de l’Epopée de Gilgamesh, il apparaît ici, selon la théorie de Michel Foucault, comme une hétérotopie, un espace d’intimité, un espace à part qui configure ou reconfigure le monde à sa manière. Ainsi, le jardin devient métaphore. À travers ses formes douces et ses courbes aux couleurs chamarrées, il vient se lover avec poésie à l’intérieur du white cube de la galerie et nous plonge au cœur d’un espace bienveillant invitant à une (re)connection avec la joie et la puissance. Une parenthèse de douceur qui nous permet, en pleine pandémie, de nous évader et de profiter d’un instant comme suspendu hors du temps. Et pour permettre au plus grand nombre de profiter de cette exposition, la galerie offre la possibilité de visiter virtuellement Le jardin en soi grâce à une version digitale relayée simultanément sur les sites de la foire 1-54 et de leur partenaire Christie’s. L’occasion de découvrir les œuvres si singulières de trois artistes au style et au parcours bien différents.

 

Des artistes plurielles

 

C’est sans doute le rapport à l’intime qui a mené Joana Choumali à explorer la fibre. Connue d’abord pour ses séries photographiques, son recours au textile est né d’un besoin de passer davantage de temps avec ses œuvres. En cultivant la pratique de la broderie, qui lui a été transmise par sa grand-mère, Joana Choumali accède à un état introspectif qu’elle fait le choix d’extérioriser dans des compositions multi-strates. À travers le troisième opus de sa série Albah’ian, ce sont les recoins de son subconscient qu’elle livre au public.

PALM SUNDAY 50×50 cm – Series Alba’hian, Joana Choumali 2020

 

WE WILL BE FINE 50×50 cm – Series Alba’hian, Joana Choumali 2020

Le rapport à l’espace est quant à lui omniprésent dans la pratique d’Amina Agueznay. Depuis plus de 15 ans, l’artiste questionne l’étanchéité des disciplines régnant entre design/artisanat, architecture et arts plastiques. Au gré de ses expériences de création, monumentales ou plus mesurées (bijou), elle parcourt et accompagne la professionnalisation de la diversité des savoir-faire séculaires qui font la richesse culturelle du Maroc. Elle nous propose ici un parcours métaphorique de son jardin intérieur avec l’installation A Garden inside.

Installation « A garden inside », Amina Agueznay

 

Wainscot #3, « A garden inside », Amina Agueznay.

Ghizlane Sahli, qui emprunte aux techniques de broderie et tissage traditionnel, le lexique et la matière de ses œuvres (sabra, aakad…), opère différemment dans le changement d’échelle. Telle une observation au microscope, l’artiste donne à voir, dans une interprétation textile, les unités modulaires qu’elle assimile aux cellules des organismes vivants. Avec son propre vocabulaire plastique, Ghizlane recours à ces unités pour proposer des compositions sculpturales questionnant notre rapport à l’infiniment grand et l’infiniment petit dans un aller-retour constant. À travers des représentations du corps et de la nature, les formes créées par Ghizlane Sahli suscitent l’émotion par la force esthétique qui s’en dégage.

Ghizlane Sahli M.O.M. S002. Fils de soie et laine sur plastique et métal 130x105x85cm, 2020
Ghizlane Sahli M.O.M. 007. Fils de soie sur plastique et métal 103x100x27cm, 2020

 

Le jardin en soi, jusqu’au 14 novembre à la Loft Art Gallery, 13, rue El Kaïssi, Triangle d’or, Bourgogne, Casablanca. Tél. : 05 22 94 47 65. www.loftartgallery.net.