Wili3aibe tu ne peux pas divorcer, qu’en penseront les gens?”, “hchouma tu ne peux pas t’habiller comme ça, ils vont te prendre pour une fille peu respectable”, “sortir le soir? Mais que vont en penser les voisins?” Ce discours vous est sans doute familier. Au Maroc, la notion de “hchouma” (honte), et la peur du qu’en dira-t-on rythme le quotidien. Que l’on vienne d’un milieu aisé ou populaire, ce terme touche tout un chacun. Mais qu’aurions nous fait si elle n’existait pas ? Est-il vraiment important de se demander ce que pensent les autres ? Est-ce un frein à notre développement ? Eléments de réponses avec Sarah Baakouk Benkirane, psychologue clinicienne installée à Casablanca. 

Il est certain que se défaire d’une telle emprise n’est pas chose aisée. La famille nous rappelle en permanence les dictâtes sociétaux, les collègues n’hésitent pas à critiquer telle ou telle personne pour ses choix, parfois même les amis commentent et donnent leur avis sur une situation sans réaliser qu’ils participent à l’instauration de préjugés.

Mais “hchouma” c’est quoi au juste ?

Lorsque l’on parle de “hchouma” on fait référence à un sentiment de honte, de transgression… elle se base sur des normes culturelles, religieuses, sociétales, il y a d’un côté ce qui est permis et de l’autre ce qui est hchouma ou inacceptable.

Toutes les sociétés ont leurs normes, c’est ainsi que l’on sait ce qui est accepté socialement ou pas. En France parler d’argent est inapproprié et mal vu, au États-Unis au contraire en parler est tout à fait normal. Chez nous ça sera la manière dont on s’habille, la manière dont on se tient, le comportement que l’on peut avoir avec les gens, le trop plein d’honnêteté, le fait de sortir le soir ou pas, le fait de fréquenter (même amicalement) des personnes du sexe opposés, le divorce…

 

Quelles pourraient être les conséquences de la hchouma dans nos vies ?

Si une femme active d’une quarantaine d’années est mariée a un homme qui la traite mal, qui la trompe, avec qui elle ne partage plus rien et qu’elle ne divorce pas par peur du qu’en dira-t-on, à quoi va se résumer sa vie ? Se forcer à sourire quand il rentre le soir, à préparer à manger tous les jours même si on en a pas envie, à oublier toute notion de plaisir, à attendre que les années passent,… Ce serait triste tout de même.

Si des parents n’abordent pas la question de la sexualité avec leurs enfants sous prétexte que c’est “3ayb” (déplacé) et qu’on n’ose pas parler de ce sujet, on laissera donc ses enfants s’informer à leurs manières. Ils feront des recherches sur internet, regarderont des films pornographiques et se fieront facilement au discours de leur camarades (qui n’en savent pas non plus grand chose), voire faire leur propres expériences en risquant d’attraper des MST, ou d’enfanter par ignorance.

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Si sous prétexte qu’une personne s’habille comme elle veut, ou qu’elle sort le soir, on la place systématiquement dans la case personne peu respectable, on ne prendra donc pas la peine d’aller vers elle ou même de la respecter en se basant sur ces préjugés ? On pourrait alors passer à côté d’une belle personne.

La parité en “hchouma” n’existe pas

Lorsque l’on parle de “hchouma”, on pense directement aux femmes. Une femme ne peut pas s’habiller comme elle veut, elle ne peut pas sortir le soir, recevoir des amis à la maison, tromper son mari, boire, fumer,  ce qui est accepté socialement pour l’homme ne l’est pas pour la femme.

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Lorsqu’un homme veut divorcer il ne se pose pas la question de savoir ce que vont en penser les autres, une femme quant à elle a une épée de Damoclès sur la tête qui jouera sur sa décision.

Si un jeune homme enchaîne les conquêtes on voit en lui l’homme viril, qui acquiert des  expériences, la jeune fille sera vu comme une fille facile, ou de mauvaise vie.

Quand un homme trompe sa femme, c’est un bon vivant, un Don Juan, elle ne doit sûrement pas le satisfaire, c’est un homme il a des envies, la femme quant à elle est vue comme une prostitué.

Lorsqu’un homme allume sa cigarette dans la rue, on trouve ça normal, quand une femme fait la même chose, automatiquement les regards réprobateurs se tournent vers elle.

Tous ces petits exemples montrent à quel point le fait de se cantonner au hchouma et aux préjugés peuvent impacter et enfermer dans des cases.

Au-delà de la notion de hchouma, ce qui serait intéressant ce serait de se poser les bonnes questions. Est-ce que j’ai envie de rester mariée avec lui ? Suis-je heureuse ? Est-ce que j’ai envie que mes enfants apprennent la sexualité sur internet ? Est-ce que je vais me forcer à m’habiller en pull manches longues alors qu’il fait plus de 40° dehors, parce que c’est “hchouma” de se dévêtir ? Est-ce que je vais accepter que mon mari me trompe parce que c’est un homme et qu’il a des besoins ? Est-ce que je vais être hypocrite pour être plus accepté socialement ?

Prenez le temps de réfléchir à ce que vous voulez et à ce qui est bon pour vous, loin de toute cette notion de hchouma, de dictat, de norme, juste vous et vous-même, dans un va et viens de questionnements vous permettant de trouver le bon chemin. Après tout, votre vie n’appartient qu’à vous.

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