« Back to the roots » : L’artiste Yasmine Hadni nous dit tout sur son retour aux sources

C’est un vernissage ramadanesque qui se tenait à la Fondation de la Banque Populaire de Rabat ce 8 juin. La jeune Yasmine Hadni, 24 ans, y expose ses œuvres jusqu’au 23 septembre 2017. Elle nous parle de son retour aux sources, de ses projets et de ses inspirations. Interview.

 

Plurielle : Pouvez-vous nous raconter votre parcours ?

 

Yasmine Hadni : Je suis née et j’ai grandi à Rabat. Après avoir décroché mon bac je suis allée à Paris pour suivre les cours préparatoires des Ateliers de Sèvres. J’ai ensuite quitté Paris pour rejoindre Nice afin de décrocher mon Diplôme National d’Arts Plastiques à la Villa Arson. Après quatre années d’études, j’ai souhaité me remettre en question et faire le point. Je me suis alors envolée vers New-York  où j’ai intégré une école interculturelle pendant 5 mois.

 

 

 

Plurielle : Comment était cette expérience aux Etats-Unis ?

 

Vivre à New-York, découvrir la scène et le milieu artistique m’ont donné envie de rester un peu plus. Je suis tombée amoureuse de cette ville, j’ai visité pas mal de galeries, des musées, des écoles aussi. J’y suis restée beaucoup plus longtemps parce que j’ai eu une super opportunité. J’ai travaillé pour une galerie qui s’appelle Paul Kasmin Gallery pendant 5 mois dans le département recherche mais je n’ai pas fait que cela. C’était vraiment très enrichissant, j’ai travaillé dans différents départements, j’ai assisté à de nombreux vernissages et rencontré beaucoup d’artistes. Ça m’a permis aussi de comprendre ce qu’était l’art primaire et secondaire et où je me positionne là-dedans en tant qu’artiste.

 

 

Plurielle : Pourquoi “Back to the Roots” ?

 

C’est mon retour au Maroc pour préparer mes concours qui a inspiré cette exposition. Après avoir quitté le nid familial pendant cinq ans, j’ai dû me réinstaller à la maison. L’environnement familial, le personnel de maison, mon retour au Maroc en tant qu’adulte…ont été mes plus grandes sources d’inspiration.

 

 

Plurielle : Comment avez-vous choisi de mettre en scène votre famille ?

 

Il est faut savoir qu’il y a deux parts importantes dans cette exposition. Une partie fictive et une partie autobiographique. Dans la partie fictive, chacun peut s’identifier à ces scènes de famille, je pense que c’est quelque chose d’assez universel, c’est en tout cas le message que je souhaitais faire passer. Je puise dans les réminiscences de mon enfance (des souvenirs incomplets) que j’essaye d’harmoniser en puisant dans mon imaginaire. Dans la partie autobiographique, j’ai un regard d’enfant sur mon passé, un regard plus brut et donc plus dur, dans d’autres j’ai un regard d’adulte et de femme sur mon enfance ayant pris un certain recul et de la maturité par rapport à ce passé, un regard plus neutre.  Dans certaines toiles je prends en point d’accroche ma famille, en travaillant à partir de photos de famille que je tords, découpe et assemble jusqu’à ce que j’obtienne une composition qui me plaise.

 

 

 

 

 

Plurielle: Pourquoi dans quelques peintures vous avez choisi de représenter la famille à table ?

 

Je pensais au réalisateur franco-tunisien Abdelatif Kechiche qui présente souvent des scènes de repas de famille dans ses films. Pour ma part tous les bons et les mauvais moments se sont toujours déroulés autour d’une table. Et on ne pouvait quitter cette table qu’une fois le problème réglé.

 

 

 

Plurielle: Et pour l’avenir quels sont vos projets ?

 

 

Après cette superbe expo, je vais retourner aux Etats Unis. Mais cette fois à Chicago où j’intégrerai la School of the Art Institute of Chicago en master dans le département peinture et dessin. Ce que je trouve génial dans cette école c’est qu’il y a un commissaire d’exposition avec lequel on peut travailler. On peut également être formé à ce métier, mais quoi qu’il arrive, les étudiants en dernier cycle doivent collaborer avec eux pour passer l’examen.

 

Ils veulent que l’on soit multidisciplinaire dans notre pratique artistique, et que l’on travaille sur différents médiums, et je pense que c’est ainsi que je suis le plus à l’aise.

 

Je suis vraiment prête pour un master, j’ai pris le temps de me retrouver et de prendre en maturité pour savoir ce que je voulais faire pour la suite.

 

Je travaille en fonction de ce qui m’entoure, de mon environnement et je pense que chaque année c’est différent, chaque année je vais aborder différentes thématiques, je vais travailler avec différents supports (installations, vidéos, gravure, sérigraphie…)  selon mes envies et selon si ce médium va faire passer le message de manière plus percutante et plus rapide.

 

 

Plurielle: Y a-t-il des artistes qui vous inspirent ? Si oui, lesquels ?

 

 

Il y a des références au cinéma d’auteur qui est très important pour moi, et je pense notamment au réalisateur Abdelatif Kechiche qui parle beaucoup de migrations dans ses films, de problèmes sociétaux, et surtout, il met en scène ces repas de famille, où on a l’impression que tout se passe à ce moment-là. On comprend mieux où se situe la personnalité de chacun, dans leur manière de manger, dans leur choix de repas. Je pense également à Xavier Dolan qui parle dans tous ses films de la famille et de sa relation avec sa mère, très lunatique parce que d’abord conflictuelle et en même temps animée par un amour passionné.  

Le vidéaste Avi Mograbi qui est plus dans l’art engagé et documentaire, très brut, très cru, terriblement vrai et juste avec des moyens très simples.

 

 

 

L’art de Yasmine Hadni en vidéo