Les dérapages sexistes se suivent et se ressemblent au Maroc. Que ce soit dans le milieu des arts, dans les médias ou dans la publicité, l’image de la femme est entachée de stéréotypes et d’une représentation scandaleusement sexiste. Florilège.

« Celui qui ne tabasse pas sa femme n’est pas un homme »

Ces propos ont été tenus, le 29 juin dernier sur le plateau de Chada TV par le chanteur marocain Adil Miloudi.

L’interprète de « 7alloufa » a expliqué non sans fierté: « Un jour j’ai tabassé ma femme en Espagne, ils m’ont mis en garde à vue avant de me relâcher. Au Maroc, cela est normal, chacun peut faire ce qu’il veut de sa femme, la frapper, la tuer».

Ces propos, largement relayés sur les réseaux sociaux et par plusieurs médias étrangers, ont suscité de vives réactions d’indignation, d’autant que le chanteur marocain n’est pas à son premier dérapage sexiste.

La Haute autorité de la communication audiovisuelle (HACA) s’est heureusement saisie de cette affaire grâce à son système de veille.

« Occupe-toi de ta cuisine et éloigne-toi du foot »

Quelques semaines à peine avant ce terrible bad buzz, l’animateur Adil Omari suggérait, lui, sur les ondes de Radio Mars, à une auditrice d' »aller s’occuper de sa cuisine au lieu de parler foot ».

L’animateur a en effet sommé à la jeune femme qui a eu le malheur d’émettre un avis , de « se mêler de ses affaires, s’occuper de sa cuisine, regarder les émissions de Choumicha et s’éloigner du foot et de l’équipe nationale ». Autant de propos sexistes et intolérables en une seule phrase mais cela n’a pas indigné ses invités, qui se sont mis à rire.

Il n’en est d’ailleurs pas à sa première bourde. Son patron Hicham El Khlifi, PDG de la radio a qualifié ces propos d’ «inadmissibles et intolérables » qui vont à l’encontre de la ligne éditoriale de Radio Mars tout en déclarant que des sanctions ont été prises à son égard, notamment une suspension pour une durée de trois jours. Pour sa part, la HACA a ordonné l’arrêt de diffusion de deux émissions de l’animateur durant quinze jours.

« L*hab men f3aylhom »

Le 10 mars dernier, le rappeur marocain a lui aussi provoqué l’émoi de celles et ceux qui se battent pour les droits des femmes en dévoilant, deux jours après la Journée internationale des droits des femmes, un clip d’une violence inouïe.

Dans ce clip intitulé “NO B*TCH !” et adressé à « une certaine catégorie de femmes: l*hab men f3aylhom », le rappeur découvre sa petite-amie en compagnie d’un homme dans sa story Snapchat. S’ensuivent des scènes d’humiliation et d’extrême violence. On retrouve la même fille cette fois séquestrée, ligotée et les yeux bandés.

La vidéo a évidemment suscité l’ire de nombreux internautes et défenseurs de la cause féministe, mais elle a malheusement plu à beaucoup de fans du rappeur puisqu’elle totalise aujourd’hui plus de 11 millions de vues sur Youtube et environ 230 000 like…

« Cuisine et tais-toi »

Et il n’y a pas que dans la chanson ou les médias que la violence faite aux femmes est banalisée. La publicité a également sa part de responsabilité. De nombreux spots sont souvent jugés sexistes. Pour n’en citer qu’un, la marque Nestlé avait lancé, en avril 2018, un le concept « Baghi Ntzewej » qui se veut être une version marocaine de la télé-réalité française « Qui veut épouser mon fils ».

Dans « Baghi Ntzewej », la maman du futur mari alias « L’hajja » lance en effet plusieurs défis à cinq femmes, afin de choisir qui deviendra sa belle fille. Dans un premier épisode publié hier, la tâche principale de ces femmes consistait à préparer des desserts dont la qualité décidera de leur sort. Un défi jugé « ridicule » et « sexiste » par la toile.

Les internautes ont reproché à Nestlé d’avoir réduit la femme à « un rôle de ménagère » dont la mission ultime est de servir son futur mari. Face au tollé, la marque a aussitôt supprimé le concept des réseaux sociaux mais le mal était déjà fait…

93,4% des femmes violentées ne portent pas plainte

Si l’indignation des féministes est grande, c’est que la violence faite aux femmes est une réalité dans le pays et les dérapages misogynes de ce genre contribuent à banaliser les violences voire à les encourager.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Selon les résultats de la deuxième enquête nationale sur la prévalence de la violence à l’égard des femmes, 54,4% des Marocaines affirment avoir subi une forme de violence au cours de leur vie.

En milieu familial, 17,9% des femmes marocaines ont été exposées à la violence, avec une prévalence de 92,2% de violence psychique, 21,5% de violence physique et 2,2% de violence sexuelle.

Et malgré l’entrée en vigueur de la loi 103.13 en 2018 condamnant les violences faites aux femmes, malheureusement, seulement 6,6% des femmes victimes de violence portent plainte contre leur agresseur.