Khen Elmaleh, une Israélienne de deuxième génération d’origine marocaine, fait la une du quotidien israélien Haaretz avec le récit de son premier voyage au Maroc à la découverte de ses racines.

La « Dj, journaliste et médiatrice culturelle » (telle qu’elle se présente sur son compte Instagram) s’est rendue au Maroc plusieurs semaines en juillet dernier, sur les pas de ses ancêtres. Dans son témoignage au média israélien, elle rapporte qu’elle réalise ainsi le rêve de son grand-père, qui ne sera finalement jamais retourné au Maroc depuis son alya, soit son émigration en Israël.

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מחר בגלריה @haaretz השתלטות מרוקאית. הביקור שלי במרוקו ונסיון לתת בו מילים, להביא קצת ממה שקורה שם היום מנקודת מבט של דור שני להגירה. ים יבשה בין יבשות, זהויות, עבר והווה. מה יצא בסוף? הרבה דברים ורצון עז אחד לחזור לשם שוב. המון תודה ל@artsimous @mouslamrabat @maisonartc על תמונת שער שמצליחה לתפוס הרבה דברים שנכתבו בטקסט, באופן ויזואלי. Tomorrow on the cover of @haaretz Galleria magazine- My Moroccan experience as a daughter of Moroccan immigrants, traveling back to where it all started to find out what it means in our present. #morocco

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Les grands-parents, qui représentent pour la génération de Khen « un monde ancien et hors de propos », ont quand même su distiller dans leur descendance des éléments certains de « marocanité », le « Maroc du passé ». Une identité fragmentée mais suffisamment ancrée pour faire ressentir à toute cette génération d’enfants et petits enfants d’immigrés marocains leur appartenance à la communauté marocaine.

« Notre identité marocaine a été reléguée au folklore, à la cuisine et à des phrases virales amusantes qui ont boosté les audiences des comédies télévisées », regrette-t-elle, citant toutefois des personnalités israéliennes d’origine marocaine auxquelles cette génération a pu s’identifier à l’instar des acteurs Zeev Revach, Zehava Ben, Yael Abecassis ou encore de l’humoriste Shalom Assayag.

Khen Elmaleh évoque aussi le racisme que subit la communauté marocaine en Israël, une discrimination portée en réalité à tout ce qui s’apparente à « l’arabité ». Pour l’illustrer, elle rapporte les propos de la chef Simona Elharar d’Ashdod: « Quand j’étais en Israël, vous savez, parfois, le mot ‘marocain’ était un gros mot » (extrait d’une série documentaire sur les chefs israéliens à l’étranger). « Cette approche n’est pas sans rapport avec la réalité politique israélienne dans laquelle les Arabes sont l’ennemi. Nous devons donc tuer ‘l’arabité’ en nous et tout signe d’identité non occidentale », explique Elmaleh, précisant que l’Etat hébreu souhaite « effacer » le passé, notamment le « souvenir de la diaspora » pour consolider « l’unité du peuple ».

Mais Khen Elmaleh n’a rien oublié du patrimoine latent qui sommeille en elle. Au contraire, cette compression de la mémoire générale a suscité d’autant plus son « désir de comprendre ce qu’elle était supposée oublier ». Et c’est ainsi qu’elle a enfin décidé de s’envoler pour l’Afrique du Nord, à la recherche de « la vérité », afin de « comprendre l’ADN de son existence » et de pouvoir « répondre aux questions que les prochaines générations poseront », écrit-elle.

L’atterrissage à Marrakech se fait dans une émotion paroxysmique ponctuée de larmes. « Je voyais la terre qui est le fondement de ma vie », raconte la journaliste qui pense alors à son grand-père qui n’aura pas pu faire ce voyage tant désiré, mais également à tous les Israéliens d’origine marocaine comme elle. Elle raconte également le contrôle policier particulier « vécu par la plupart des Israéliens qui visitent le Maroc, sinon par tous », rappelant qu’officiellement, « les relations entre le Maroc et Israël ont été coupées en 2000 lors de la deuxième Intifada ».

Place ensuite à la visite de Marrakech, et surtout d’Essaouira, cette ville dont les juifs « représentaient au début du siècle dernier environ la moitié de la population de la ville ». Son séjour à l’ancienne Mogador coïncidant avec le festival Gnaoua, la DJ en profite pour approcher plus sérieusement le patrimoine musicale du royaume. Au centre culturel Dar Souiri (siège de l’association Essaouira-Mogador), elle découvre les murs décorés avec des photos historiques de plusieurs artistes juifs issus des pays arabes (le chanteur algérien Salim Halali, le chanteur marocain Samy Elmaghibi, la chanteuse et poète marocaine Zohra Al Fassiya, aux côtés des chanteurs israéliens Zehava Ben, Ofra Haza et Sarit Haddad). « C’est une série qui encercle le bâtiment et crée une séquence logique d’artistes juifs d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient, de Zohra à Zehava », décrit-elle.

A cette découverte réconfortante, Elmaleh ressent toutefois de la tristesse en comparant avec le patrimoine voilé dans son pays actuel. Tous les artistes susmentionnés sont la plupart du temps méconnus de la population. « Il est rare de les rencontrer sur les murs des institutions officielles et musées. Il est rare qu’un enfant en Israël sache qui était Salim Halali, alors que chaque enfant d’Afrique du Nord connaît au moins une de ses chansons », se désole-t-elle.

Lors du festival Gnaoua, elle rencontre aussi avec surprise des jeunes connaissant très bien la culture marocaine juive, à l’instar de Soufiane. « Il connaît bien la culture marocaine juive du fait qu’il est marocain. Cela fait donc plus partie intégrante de son identité que de la nôtre, même si nous sommes juifs marocains », conlue-t-elle.