Elle s’appelle Islam Mitat, elle est Marocaine et elle aurait épousé, contre son gré, deux combattants de Daech avec qui elle a eu des enfants. De retour au Maroc, elle demande l’asile à l’Australie.

Elle fait partie de celles que l’on appelle «les femmes de Daech», celles qui ont épousé, par choix ou pas, des djihadistes qui les ont par la suite emmenées loin de leur pays pour gagner les déserts de Syrie et d’Irak. Invitée à témoigner dans l’émission «60 minutes» diffusée sur une chaîne australienne, la jeune femme raconte son calvaire et celui de ses enfants.

Le mariage halal 2.0 qui tourne mal

 

Etudiante en physique, rêvant d’une carrière dans la mode, la jeune femme née au Maroc ne s’attendait pas à ce que sa vie suive une telle trajectoire. Célibataire, elle cherche le grand amour, comme toutes les jeunes femmes de sa génération, sur les réseaux sociaux. Elle le rencontre, du moins le pense-t-elle, non sur Tinder mais sur le site muslima.ma. Une version soit disant plus hallal…

Il se nomme Ahmed Khalil, se dit homme d’affaires britannique et l’invite à passer des vacances en Turquie. Elle se retrouve in fine au fin fond de la Syrie sans même le savoir. «J’ai vu beaucoup de femmes avec des enfants. Elles étaient habillées de noir et je leur ai demandé ce qui se passait, où nous allions? Elles m’ont répondu: en Syrie. Quand elles m’ont dit la Syrie, j’ai commencé à pleurer», raconte-t-elle sur la chaîne australienne.

Et de poursuivre: «Je suis allée parler à mon mari, je lui ai dit, Khalil, qu’est-ce qui se passe? Pourquoi m’as-tu amenée ici? Il m’a répondu: Islam, c’est ma surprise. Je t’épouse pour t’aider contre l’ennemi.» Arrivé à Raqqa, le couple rejoint un campement de djihadistes et la jeune femme découvre alors qu’elle est enceinte, à son grand désespoir. Quelques jours plus tard, son mari meurt pendant les combats.

Deux mariages et un enterrement

 

Une femme ne pouvant rester seule aux yeux des combattants de Daech, elle se retrouve à nouveau mariée, cette fois-ci à un combattant d’origine australienne, Faycal Sahib, un kick boxeur qui avait rejoint la Syrie pour «aider les musulmans» selon son épouse. D’après elle, l’homme ne savait pas dans quelle aventure il s’embarquait et aurait été victime de mensonges qui l’auraient décidé à quitter l’Australie. A ses côtés, il veille sur elle, sur son enfant. La jeune femme retombe enceinte… Sa fille s’appellera Maria. Son second mari ne tarde pas à mourir au combat et la jeune femme se retrouve seule avec ses deux enfants. «Je n’avais pas peur des bombes. Je n’avais pas peur des avions. J’avais peur des gens autour de moi. Je les voyais couper des têtes ou tirer. Je ne voulais pas que mes enfants grandissent ici, car ils allaient leur apprendre à tuer.» raconte-t-elle à la chaîne australienne.

Elle décide alors de fuir la Syrie pour rejoindre les troupes kurdes avant de se retrouver et quatre mois plus tard au Maroc. A ce jour, elle se refuse de parler à ses enfants de leurs pères. Elle tente de retrouver une vie normale au Maroc mais espère pouvoir partir en Australie pour les y élever.