Le yoga est partout. Sur les plages, dans les salles et sur les réseaux sociaux. Une pratique souvent en totale contradiction avec l’essence même de la discipline indienne. 

 

Pour beaucoup, le yoga est devenu une sorte de McSport, entendez par là, un truc facile, rapide, à exercer n’importe où. Super tendance aussi. Une discipline express fondée sur le culte de l’apparence et la culture du résultat. Sur Instagram, les photos postées par les yoga addicts se suivent et se ressemblent : posture du chien au museau vers le sol dans le jardin de la villa d’Anfa, posture de l’angle serré à la plage de Dar Bouazza et demi-posture de la lune à la cafétéria du Technopark.

 

En somme, cette pratique venue d’Inde est devenue le visa à durée illimitée pour un soi-disant bien-être individuel, la hype et la mise en scène de soi. Les États-Unis comptent plus de 36 millions d’adeptes tandis que la France en recense quelque 2 millions.

 

 

Au Maroc, l’inexistence d’une fédération officielle rend difficile le recensement des apprenties contorsionnistes. En Europe, en Afrique ou encore en Amérique, le succès de la discipline est tel qu’il existe même une Journée mondiale du yoga. Décrété par les Nations unies et célébrées le 21 juin de chaque année, ce rendez-vous mondial connait un grand succès. Seulement voilà. Cette journée, souvent sponsorisée par des marques de vêtements, se donne pour objectif de battre des records de postures les plus abracadabrantes à la manière des records Guinness. Et en totale contradiction avec l’essence même du yoga. 

 

Aller à l’essentiel

 

Le mot yoga signifie en sanscrit « relier, unir, joindre ». La discipline implique donc la personne tout entière en réunifiant le corps, l’esprit et le cœur. Née en Inde il y a des milliers d’années, cette pratique a pour objectif « l’arrêt des fluctuations du mental ».

 

En pratique, les postures du yoga (appelées asanas) et les exercices de respiration (désignées sous le vocable pranayamas) permettent de fortifier les points d’appui physiques et respiratoires et de retrouver un axe, avec aisance et fermeté sans aucun jugement. Le yoga est donc une philosophie porteuse du sens de la vie qui permet d’aller à l’essentiel. « Aujourd’hui, le bien-être représente tout un marché, constate la psychanalyste Christiane Berthelet Lorelle, auteure de plusieurs ouvrages sur le sujet, citée par le quotidien français Le MondeIl nous faut donc transmettre et transmettre encore, nous référer aux textes anciens, continuer d’œuvrer pour que chaque personne ait la possibilité de discerner ce qu’est une pratique authentique, ancrée dans son éthique, d’une autre, vouée à la performance gymnique ou à l’esthétisation. »  

 

 

Revoir ses priorités

 

 

Une chose est sûre : nous sommes nombreuses à chercher des moyens qui permettraient de pallier les effets pervers de la modernité : dispersion mentale, tensions dues à la compétition, agitation affective… Justement, nous attendons du yoga ou de toutes les autres disciplines de développement personnel qu’elles offrent ce que l’on reproche à l’évolution globale de notre société : n’avoir pas su mettre au cœur de ses valeurs un surplus d’âme, de sagesse, d’acceptation de l’autre dans toute sa différence…

 

 

Ainsi, ces pratiques viendraient combler un vide et rappeler la place de l’être et de la gratuité dans un contexte où nous nous jugeons et nous sommes jugées qu’à nos actes et aux effets positifs objectifs qu’ils produisent. Non, poser en position du lotus, en leggings et brassière de luxe au bord de la piscine par temps de sécheresse, avant d’envoyer le cliché sur Instagram est tout sauf hype. Et c’est loin des enseignements du yoga.