Une question d’intimité. Lors de la saison des mariages qui coïncide souvent avec l’été, les gynécologues sont amenés à signer une dizaine de certificats de virginité par jour. Une pratique condamnée par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) ainsi que le Conseil des Droits de l’Homme et d’ONU Femmes. Ces trois organisations, ont conjointement signé un communiqué ce 17 octobre 2018, appelant plusieurs pays dont le Maroc à supprimer la vérification de la virginité d’une femme avant le mariage en se basant sur la présence ou non de l’hymen. 

« Le test de virginité n’a ni fondement scientifique ni clinique. Il n’y a aucun examen qui  prouve si une fille ou femme a déjà eu des relations sexuelles – et l’apparence de l’hymen de cette fille ou femme ne peut pas prouver si elle a déjà eu des rapports sexuels ou si elle est sexuellement active ou pas« , c’est avec ce premier point que l’OMS, ONU Femme et le Conseil des Droits de l’Homme commencent leur argumentation.

Si en effet, cette pratique concerne surtout les milieux ruraux et défavorisés, le test de virginité tel qu’on l’entend peut avoir des conséquences désastreuses sur la vie d’une femme. Si celle-ci a perdu son hymen, elle peut être renvoyée de son foyer, ne pas se marier ou pire être tuée dans certains cas.

Test de virginité et droits humains

Le communiqué va plus loin en indiquant que ce test est une violation des droits humains: « Le test de virginité est une violation des droits humains des filles ou femmes et peut porter atteinte au bien être physique, psychologique et social de ces femmes. Le test de virginité renforce les stéréotypes sur la sexualité des femmes, et l’égalité des genres. L’examen peut être douloureux, humiliant et traumatisant. En partant du principe que ces procédures ne sont pas nécessaires et potentiellement douloureuses, il n’est pas éthique pour les médecins ou personnes représentant le corps médical de réaliser ce type d’examen. Ces procédures ne devraient plus être pratiquées« , indiquent les trois ONG. Elles appellent également, les professionnels de santé à ne plus pratiquer ces tests qui peuvent être traumatisants pour la personne examinée.

Une tradition traumatisante

Ce communiqué souligne que cette pratique a été documentée dans de nombreux pays et fait partie de ces traditions qui ont la peau dure. Dans plusieurs situations, les tests sont considérés comme faisant partie de l’évaluation des survivantes de viol. Les organisations martèlent que le « test de virginité » n’est pas nécessaire et peut causer de la douleur en mimant l’acte sexuel violent. « Cela peut en effet exacerber le sentiment d’impuissance et de victimisation de la victime de viol. Ce résultat non scientifique peut avoir un impact sur les procédures judiciaires souvent au détriment des victimes et en faveur du violeur qui se retrouve acquitté », prévient le communiqué.

S’ajoutent les femmes incarcérées et envoyées en détention qui risquent les abus, la maltraitance sans oublier les examens de test de virginité forcés. Quand cela est pratiqué sur des femmes arrêtées pour avoir protesté, ou avoir fait preuve d’une quelconque forme d’activisme, ou d’engagement politique. Le test de virginité forcé perpétue un climat de peur et d’intimidation qui empêche les femmes de réclamer leurs droits.

Le but? L’OMS appelle à éliminer cette pratique tout en appelant la communauté médicale du Maroc à refuser ce type d’examen pour protéger les femmes. « L’élimination de cette pratique douloureuse requiert la collaboration étroite de la société, supportée par la communauté des services de santé publique incluant les professionnels de la santé« . Une décision qui tombe à point nommé.

Reconstruction de l’hymen, gouttes de sang à acheter…

De nombreuses femmes risquent la répudiation si elles ne saignent pas le soir de la nuit de noce. Afin d’éviter un scandale familial, elles sont nombreuses à recourir à l’hymenoplasthie (reconstruction de l’hymen), ou à se procurer une capsule de sang artificiel pour avoir quelques gouttes de sang à montrer à la belle-famille le soir du passage à l’acte. Ces capsules de sang que l’on retrouve dans le marché informel, prouvent bien que les femmes sont prêtes à tout pour entretenir le mythe de la chasteté et surtout à éviter la fameuse « chouha » qui pourrait déshonorer toute la famille. En septembre 2017, Le Monde consacrait un article à ce type de pratique. En se basant sur de nombreux témoignages, le journal avait révélé que les femmes préféraient mentir sur leur sexualité plutôt que d’être jugées comme déchues. Une pratique d’un autre temps qui réduit encore un peu plus l’autonomie et l’indépendance des femmes.